Liberté de la Presse : Pourquoi le Sénégal est si mal classé…

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L’organisation non gouvernementale internationale Reporters sans frontières (RSF)  a publié, ce mardi 3 mai, son classement mondial de la liberté de la presse en 2022. Pour cette 20e édition, RSF met l’accent sur la « banalisation des circuits de désinformation » et la mainmise de certains régimes qui se servent des médias comme des moyens de « propagande ». 
Dans ce classement, regroupant 180 pays, le Sénégal est passé de la 49e place en 2021 au 73e rang en 2022. Une chute vertigineuse de 24 places qui s’explique par un certain nombre de facteurs recensés par l’organisation dans le pays. Pour avoir de plus amples informations, Seneweb a pris contact avec Sadibou Marong, directeur Afrique de l’Ouest de Reporters sans frontières. 


Dans leur démarche, Reporters sans frontières s’est basé sur 5 indicateurs à savoir : le contexte politique, le cadre légal, le contexte économique, le contexte socioculturel et la sécurité des journalistes. Sur ce dernier point, Sadibou Marong a, d’abord, rappelé les exactions subies par les médias qui ont précédé les évènements de mars. « Dès février 2021, il y a eu une situation difficile du point de vue de la sécurité des journalistes. Le journal « Les Echos » et son directeur avaient été la cible de harcèlement parce qu’ils avaient simplement révélé cette plainte contre l’opposant Ousmane Sonko », explique-t-il. 
Puis au mois suivant, l’affaire Adji Sarr-Sonko avait plongé la capitale dans une situation d’instabilité inédite. Dans ces affrontements entre les forces de l’ordre et les militants d’Ousmane Sonko, les journalistes figuraient en première ligne. Une posture qui n’a pas été sans conséquence pour ces acteurs des médias, se remémore Sadibou Marong : « Quand il y a eu le trouble socio-politique, on a constaté des velléités  d’attaques contre certains médias dont le groupe Futurs Médias et le quotidien le Soleil. Des journalistes avaient aussi vu leurs biens matériels saccagés ». On peut ajouter à ce lot, les sanctions du Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA) à l’encontre de Sen TV et Walf TV.


“La RTS semble, plus ou moins, inféodée au pouvoir”
Sur le plan politique, le journaliste a évoqué l’absence de leaders politiques de l’opposition sur les antennes de la télévision nationale. « La RTS semble, plus ou moins, inféodée au pouvoir en ne donnant pas la parole aux opposants », dit-il.


Concernant le cadre légal,  l’ancien responsable régional d’Amnesty international pointe du doigt le code de la presse porté en 2017 comportant des sanctions pénales qualifiées de « lourdes » pouvant aller jusqu’à 2 ans de prison pour des faits de diffamation. « Pour un pays comme le Sénégal qui aspire à devenir une locomotive régionale en matière de liberté de la presse, ça peut paraître assez compliqué ».


“L’aide à la presse ne suffit généralement pas et il est arrivé que des journalistes accusent leurs patrons…”


Sadibou Marong a, par la suite, abordé la question du modèle économique des médias au Sénégal. Il déclare : « En dehors des médias d’Etat et de quelques groupes de presse privés, il y a une absence de modèle économique performant dans presque tous les médias au Sénégal ». Il poursuit :  « La vente des journaux ne règle pas le coût de fonctionnement et la publicité reste assez mal répartie notamment avec une grande partie captée par les médias d’Etat ».


« L’aide à la presse ne suffit généralement pas et il est arrivé que des journalistes accusent leurs patrons de presse de ne pas utiliser cette aide pour le fonctionnement des médias », déclare-t-il en faisant sans doute allusion aux jeunes stagiaires du quotidien Le Témoin, restés pour certains, plusieurs années avec le même statut. 

Selon lui, la fragilité de ce modèle économique « a poussé certains médias à privilégier le nombre de vues pour espérer être rémunérés ».


Le traitement des questions LGBTi


Le dernier indicateur de ce classement concerne le contexte socio-culturel. Sur ce point, Sadibou Marong explique qu’il y a eu à certains moments des contraintes culturelles et religieuses  qui ont fait que la couverture des questions liées aux LGBTi aient été biaisés par moment. « Et c’est fait, souvent, de façon à exposer ces groupes et ça provoque beaucoup de stigmatisations. Le rôle d’un média n’est pas d’exposer une partie de la population à la vindicte populaire », estime-t-il.

Seneweb