Le photojournaliste égyptien Mahmoud Abu Zeid, alias “Shawkan”, libéré après 5 ans et demi de prison

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Egyptian photojournalist Mahmoud Abu Zeid, widely known as Shawkan, carries a camera at his home in the capital Cairo on March 4, 2019. - The award-winning photojournalist was released today after spending nearly six years in prison following his arrest while covering a bloody crackdown on protests, his lawyer said. Shawkan, last year received UNESCO's World Freedom Prize, dismaying the Egyptian authorities who accused him of "terrorist and criminal acts". (Photo by Khaled DESOUKI / AFP) (Photo credit should read KHALED DESOUKI/AFP/Getty Images)

Cinq ans et demi après avoir été emprisonné, le photojournaliste égyptien Mahmoud Abu Zeid, surnommé “Shawkan”, a été libéré ce lundi 4 mars au matin. Dans une déclaration faite à l’AFP, le photographe de 31 ans, entouré de sa famille, a indiqué que la prison est “une expérience” qu’il ne pourrait “jamais oublier” mais qu’il continuerait son travail de photojournaliste.

Il avait été arrêté et placé en détention le 14 août 2013 alors qu’il couvrait au Caire, sur la place Rabia Al-Adawiya, une manifestation d’islamistes pro Mohamed Morsi, l’ancien président égyptien qui venait d’être renversé suite au coup d’Etat de l’armée. Il réalisait une mission pour l’agence de photographie Demotix, basée à Londres.

Les manifestants, parmi lesquels une majorité de Frères musulmans, avaient été réprimés dans le sang par les forces sécuritaires égyptiennes. Plus de 600 personnes étaient mortes, selon le ministère de la Santé égyptien, et des centaines de personnes avaient été arrêtées, dont plusieurs journalistes.

Si certains d’entre eux ont été relâchés ou expulsés, notamment les journalistes étrangers, Mahmoud Abu Zeid est resté cinq ans derrière les barreaux pour “meurtre, tentative de meurtre et appartenance à un groupe terroriste” jusqu’au verdict prononcé en septembre 2018.

Condamné à cinq ans de prison – une peine déjà purgée pendant la durée de sa détention – il n’est sorti que ce lundi après avoir écopé de six mois supplémentaires au lieu de payer une amende pour les dommages matériels qu’il aurait causés pendant la manifestation.

Liberté surveillée

Selon les déclarations qu’il a données ce lundi à la presse, “Shawkan” devra néanmoins passer les cinq prochaines années à se rendre chaque nuit, de 18 heures à 6 heures du matin, au poste de police près de chez lui, rapporte le Time. Il lui est également interdit de gérer ses actifs financiers et ses biens pendant cinq ans, précise le magazine américain.

Selon Najia Bounaim, directrice des campagnes pour l’Afrique du Nord à Amnesty International, “la libération tant attendue de Mahmoud Abou Zeid met un terme à son calvaire et à celui de sa famille. En tant que prisonnier d’opinion, il n’aurait jamais dû passer une seule minute derrière les barreaux, et encore moins cinq ans et demi”, a-t-elle indiqué dans un communiqué.

L’ONG de défense des droits humains a qualifié de “scandaleuses” et “absurdes” les douze heures qu’il devra passer chaque nuit au commissariat. Elles “restreindront fortement sa liberté et doivent être levées immédiatement”, exhorte Najia Bounaim. “Victime d’une injustice flagrante, Mahmoud Abu Zeid doit bénéficier de réparations pleines et entières pour cette violation de ses droits fondamentaux”, demande-t-elle encore.

Reporters sans frontières (RSF) s’est également félicitée de cette libération mais dénonce le fait qu’elle ne soit pas totale. “Un appel est en cours: s’il est accepté, Shawkan pourra se voir libéré de la contrainte des nuits au commissariat”, indique l’ONG qui a été très active pendant toute sa détention pour le faire libérer. L’organisation avait notamment présenté la candidature du photographe, qui a été nommé lauréat du prix Unesco pour la liberté de la presse en 2018.

RSF rappelle que l’Égypte occupe la 161e place sur 180 de son classement mondial de la liberté de la presse 2018. “Le journalisme indépendant y est moribond. Au moins 32 journalistes professionnels ou non y sont actuellement privés de liberté pour leur travail d’information”, déplore l’ONG.

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), l’Égypte reste l’un des pires pays au monde pour les journalistes, avec la Turquie et la Chine. En décembre 2018, l’enquête annuelle du CPJ a révélé qu’au moins 25 journalistes étaient emprisonnés en Égypte et que ce pays était le premier au monde à avoir accusé des journalistes d’avoir publié de fausses informations.

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