L’ultime hommage de la nation au ‘‘Doyen’’

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Le fondateur de l’Agence de presse sénégalaise (Aps), ancien directeur du quotidien national Le Soleil, décédé dans la nuit de mardi à mercredi dernier a été inhumé hier dans l’après-midi. Sa cérémonie de levée du corps a vu de nombreux témoignages saluer l’homme de presse et l’humaniste qu’il était.

La ponctualité militaire n’est pas une réputation usurpée. A 15 heures piles, l’heure prévue pour la levée du corps hier, la porte de la morgue s’ouvre pour laisser passer six hommes en tenue qui portaient un cercueil drapé aux couleurs nationales. La fanfare des soldats déclenche alors une musique militaire pour accompagner le dépôt du cercueil devant les  autorités du pays. Le dernier hommage de la nation à Bara Diouf est à la hauteur de la dimension du grand journaliste, humaniste, intellectuel et homme politique qu’il a été. D’ailleurs le préau de l’Hôpital Principal de Dakar était trop petit pour accueillir les sommités du journalisme sénégalais, les politiques, et citoyens venus l’accompagner à sa dernière demeure. L’ancienne garde socialiste était bien représentée. Moustapha Niasse, Djibo Ka, Abdourahim Agne, Balla Moussa Daffé se sont mêlés à Ousmane Ngom, Me Djibril War, Hamidou Kassé et le ministre de la Communication Mbagnick Ndiaye, qui a d’ailleurs prononcé l’oraison funèbre.

 ‘‘Évoquer la mémoire de Bara Diouf consiste, au-delà de l’éloge, à remonter la trajectoire historique de ce témoin privilégié du Sénégal contemporain’’, déclare-t-il. Né le 9 janvier 1927 à Dakar ce prodige de la presse ‘‘a eu une vie riche de plusieurs vies’’. ‘‘Il a su concilier avec bonheur, la fidélité à ses appartenances idéologiques aux exigences déontologiques que requièrent le métier de journalisme. Ce qui est un bon exemple pour ceux qui travaillent dans la presse, et dans les médias d’Etat plus particulièrement. Nous venons de perdre une figure tutélaire et une caution morale’’, déclare le ministre de la Communication qui présentait les condoléances du chef de l’Etat et du Gouvernement sénégalais.

Quant au président de l’Assemblée nationale, son témoignage fait d’anecdotes, était empreint d’émotion. ‘‘Je suis surpris de prendre la parole. Mais, bilaahi, tout le monde qui nous connait sait qu’il a été mon ami.  D’ailleurs il était l’ami de tous. Il était fertile en idées. C’est quelqu’un que je n’ai jamais vu en colère. Un grand homme est parti, un homme de cœur est parti. Nous allons le mettre en terre, mais nous n’allons jamais l’oublier’’, déclare Moustapha Niasse. Le chef du Parlement qui se rappelle l’épisode de la création du quotidien pro-gouvernemental Le Soleil raconte que c’est sur la proposition de Bara Diouf que Senghor a choisi ce titre de l’astre au détriment de ‘‘Le Devoir’’, et ‘‘La Renaissance africaine’’.

Alors directeur de l’information, Niasse a noué une solide amitié avec le défunt qui était responsable du quotidien Dakar Matin. D’ailleurs l’actuel directeur général du Soleil, Cheikh Thiam, de déclarer que ces hommes sont ‘‘les deux pères du Soleil’’. L’histoire ne s’arrête pas au journalisme et la communication entre eux puisque les deux hommes faisaient également partie de l’équipe qui a créé, le 9 mars 1969, le club Nation et Développement. Quant au neveu du défunt, Ibrahima Ndiaye, qui parlait au nom de la famille, il a souhaité les prières de tous les Sénégalais pour le repos de l’âme du journaliste.

Le Dg du quotidien national s’est appesanti sur les relations du défunt, avec un autre monument de la presse sénégalaise, Babacar Touré, dont il a regretté l’absence à la cérémonie. ‘‘Tout les opposait. L’un était homme de gauche, l’autre de droite. Mais il y a quelque chose qui les liait fondamentalement : c’était l’amitié. Et j’étais le trait d’union entre les deux’’, déclare Cheikh Thiam.  Ce dernier de plaider pour un renforcement de l’institution qu’est le quotidien national en hommage au travail abattu par Bara Diouf. ‘‘Maintenant nous n’avons plus que nos prières et pensées pour lui’’, déclare-t-il. Des bénédictions dites par Serigne Mouhamadou Djigueul ont mis fin à la levée du corps. La prière mortuaire effectuée à la Zawiya Seydi Hadj Malick Sy a précédé l’inhumation au cimetière musulman de Yoff.

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