DECRYPTAGE : ‘’ LE MONDE’’ N’EST PAS LA BIBLE !

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‘’Le Monde n’est pas la Bible’’ ! Et cet axiome, les journalistes et lecteurs sénégalais et du monde, doivent se le tenir pour dit !  Ce quotidien de référence, créé en octobre 1944 par le journaliste Hubert Beuve-Mery, à la demande du général De Gaulle et avec le soutien du gouvernement français, n’est plus que l’ombre de lui-même.   Il est révolu le temps où pour s’affirmer ‘’intellectuel’’, organique ou pas, il fallait  tenir entre les mains, régulièrement, un exemplaire du quotidien ‘’Le Monde’’.

Hubert Beuve-Méry, fondateur du ‘’Monde’’ qui,  par ailleurs, signait ses éditoriaux sous le pseudonyme de Sirius, poussait le journal à une politique de qualité basée sur l’habitude de recouper ses informations, en assurant la protection des sources d’informations des journalistes.

Au départ d’Hubert Beuve-Méry en 1969, Jacques Fauvet prend la direction du journal, mais dans une ligne conforme aux choix du fondateur : rigueur, professionnalisme et libre exercice du droit de critique.

Mais les vicissitudes du temps et les difficultés financières ont changé la face du’’ Monde’’. Ce qui amenèrent les journalistes Pierre Péan et Philippe Cohen à sortir, en 2003, La Face caché du Monde, un livre très critique à l’égard des trois dirigeants du journal, Jean Marie Colombani, Alain Minc et Edwy Plenel. Le groupe ‘’Le Monde’’, notamment, porte plainte pour diffamation ; le conflit, médiatisé, est finalement résolu  à l’amiable en juin 2004, évitant la tenue d’un procès.

Mais le diagnostic, sans appel, des auteurs du livre ‘’La Face caché du Monde’’  a mis le doute dans la tête du lectorat de ce journal, quant à sa crédibilité et son indépendance. Et ce qui était considéré, depuis des dizaines et des dizaines d’ années, comme un bréviaire dans lequel on doit s’abreuver chaque jour que Dieu fait, est devenu  un journal partisan.

Ainsi, lors de l’élection présidentielle de  1995, le journal prend le parti d’Edouard Balladur contre Jacques Chirac. Lors de l’élection 2002, les journalistes Philippe Cohen et Pierre Péan affirment que le journal a mené une campagne active pour Lionel Jospin. En 2007, le directeur du Monde Jean-Marie Colombani  appelle à voter Ségolène Royal dans les colonnes du journal.

Voilà pourquoi nous nous autorisons à dire que  Le Monde a cessé d’être le journal de référence qu’il était, pour devenir un groupe de presse qui met sous le boisseau  son indépendance, au gré de ses intérêts. Et pour vous permettre de vous faire une idée de ce nouveau ‘’Monde’’ incarné par Jean- Marie Colombani, nous vous invitons à une relecture d’une partie  de l’introduction du livre de Pierre Péan et Philippe Cohen ‘’La Face cachée du Monde’’. Extraits :

 

‘’La Face cachée du Monde’’ ( introduction ) :

« J’ai sauvé, puis refait Le Monde ».  Cette affirmation de Jean-Marie Colombani, Pdg du groupe Le Monde, doit être prise au pied de la lettre: aidé d’Alain Minc et d’Edwy Plenel, Colombani a bel   et bien créé un nouveau Monde, ainsi que le promettait la campagne publicitaire de relance du quotidien en 2002. Certes, mais ce journal n’a strictement plus rien à voir avec ce qu’il fut, même si la nouvelle direction continue d’y puiser sa légitimité. Le nom de Hubert Beuve-Méry, maintenu en « une », dont les mânes sont continuellement invoquées par les nouveaux patrons; n’est plus qu’un masque visant à dissimuler l’abandon du statut de contre-pouvoir pour celui de pouvoir.

‘’Pourtant, le journal bénéficie encore de l’aura de ce qu’il fut avant le magistère de ses dirigeants actuels. Pour la grande majorité de ses lecteurs; Le Monde reste un organe d’information insoupçonnable. Il a longtemps incarné la seule opposition consistante au gaullisme triomphant.

‘’Pour qui regarde d’assez loin cet univers, il paraît indépendant du monde des affaires. Ses campagnes contre le mensonge d’État et la corruption en politique, initiées par l’affaire du Rainbow Warrior, lui ont conféré une image d’intransigeance et d’indépendance. Les éclats qui entourent certaines révélations sur les grandes entreprises françaises renforcent encore cette image… si bien que prévaut une impression générale: mieux que ses concurrents, Le Monde incarnerait ce quatrième pouvoir auquel chacun reconnaît un rôle indispensable au bon fonctionnement de la démocratie. Enfin, le nouveau Monde séduit depuis peu par une indéniable capacité à moderniser sa formule et à aborder tous les sujets qui composent l’air du temps, du « Loft » à la Coupe du Monde de football. L’aura du Monde reste donc inégalée, en dépit de l’érosion qu’a subie la puissance de l’écrit dans la société française comme ailleurs.

‘’Les hommes politiques, les intellectuels, les grands patrons se damneraient pour une tribune dans la rubrique « Horizons’’. Les rédactions des grandes télévisions hertziennes élaborent le sommaire de leur « 20 heures » avec Le Monde ouvert sur les genoux. Ce qui fait de ce quotidien le cœur du dispositif médiatique en France et, en dernière analyse, le pouvoir d’entre tous les pouvoirs.

‘’Dans la  presse écrite, on peut vilipender un ministre, crucifier un patron, salir un président, mais, jusqu’à présent, il est hors de question de publier la moindre virgule de travers sur le Pdg du Monde ou sur son directeur de la rédaction

‘’C’est ici qu’il nous faut expliquer notre propre démarche. Nous sommes, reconnaissons-le, de vieux lecteurs du Monde. Le journal a accompagné notre éducation civique et politique dans les années 1950 pour l’un, 1960 pour l ‘autre. Comme pour beaucoup de Français, ce journal était devenu le nôtre. Notre prière quotidienne, selon le mot de Hegel. A l’étranger; nous étions prêts à parcourir des kilomètres pour le trouver. Journalistes, nous avons rêvé d’y travailler/

‘’Cours, camarades, le vieux Monde est derrière toi… C’est justement parce que le portrait flatteur du quotidien esquissé plus haut nous paraît désormais obsolète que nous avons entrepris cette enquête. Depuis près de dix ans, nous  avons le sentiment qu’on nous a volé notre journal. Pourquoi ? La première prise de conscience est sans doute venue en 1995: comment  un journal comme Le Monde pouvait-il faire campagne en faveur d’Édouard Balladur ? Pourquoi le faisait-il « en douce », en attaquant ses concurrents plutôt qu’en revendiquant, comme cela avait toujourd été le cas jusque là, son engagement? La balladurisation du Monde était d’autant plus inquiétante qu’elle survenait après une campagne d’une violence inouïe contre François Mitterrand et tous ses proches, campagne qui n’a pas perdu en agressivité aujourd’hui encore, sept ans après sa mort. De ce jour, nous n’avions plus lu notre quotidien de la même façon. En plus nous le lisions dans le détail, plus nous découvrions tantôt la partialité de nombre d’enquêtes, tantôt une inexplicable volonté de nuire, tantôt encore la fatuité de certains articles, tous traits qui, accumulés, ont entraîné une vraie transformation du journal. Et voilà que bientôt sa « une », autrefois modèle de rigueur intellectuelle -une sobre hiérarchie des événements du jour- verse dans l’info-spectacle et le racolage. Les articles raccourcissent en proportion de la pensée qu’ils expriment, rapprochant le quotidien de cette « fast information » que l’on trouve aujourd’hui un peu partout. Bref, Le Monde semblait perdre chaque jour un peu plus de son exception.

‘’Il fallait donc y aller voir. Tenter de comprendre la logique -si elle existe- sous-tendant ces évolutions récentes. Le Monde est-il seulement devenu ce qu’il est par nécessité de s’adapter à la société contemporaine ?

‘’Comment le journal a-t-il été conduit à abandonner une à une les qualités qui lui valaient respect de la part de ses adversaires idéologiques, y compris au sein de la profession journalistique ? Cette curiosité d’appréhender comment on nous a subrepticement subtilisé Le Monde est a l’origine de ce livre.
Le pouvoir du Monde ne repose plus sur la confiance ou le respect de ses lecteurs, mais sur la crainte qu’il inspire et le bénéfice qu’il en tire des autres pouvoirs. Ici commence la part d’ombre du nouveau Monde. Elle est devenue, par la force des faits, le vrai sujet de ce livre. Nous laisserons donc volontairement de côté sa « part de lumière », autrement dit la grande qualité de la plupart de ses journalistes, des articles et dossiers qui trouvent encore à s’y publier, malgré la stratégie de « mise en scène de l’information » et l’appétit de « coups » de la nouvelle direction. Pour reprendre une formule souvent utilisé par Edwy Plenel afin de défendre sa propre conception du journalisme et l’importance qu’il accorde aux affaires », nous n’allons parler que des trains qui arrivent en retard et « porter la plume dans la plaie ».

‘’La peur est devenue la principale arme du Monde. Une peur qu’il prétend mettre au service d’un combat sans merci contre tous les pouvoirs qu’il dénonce comme corrompus. Car – c’est devenu en quelque sorte son métier de base- le nouveau Monde traque les secrets des autres pouvoirs. Au nom de cet objectif, il s’autorise toutes les transgressions qu’il condamne si souvent chez les autres: le droit de revendiquer la confidentialité de ses sources; celui de violer le secret de l’instruction et de faire fi de la présomption d’innocence; celui, enfin, d’utiliser délation ou dénonciation, voire de s’allier de manière occulte à des juges.’’

Maintenant que vous avez terminé la lecture de ces extraits du livre ‘’La Face caché du Monde’’, nous savons que vous vous êtes déjà fait une religion sur ce qu’est devenu le journal Le Monde qui est loin d’être, maintenant, une référence, encore moins une Bible.

 Mansour DIENG (gawlo.net)

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