RSF demande la mise en place urgente du moratoire sur les arrestations de journalistes

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Alors que les arrestations et détentions arbitraires de journalistes se poursuivent à un rythme inquiétant et que l’élection présidentielle se rapproche, Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de décréter au plus vite le moratoire promis sur les mesures privatives de liberté visant des journalistes pour des délits présumés commis dans l’exercice de leur fonction.

Après déjà 12 jours passés derrière les barreaux, le journaliste indépendant Kilwe Aden Farah n’a toujours pas été présenté devant un tribunal. Arrêté le 27 décembre pour avoir couvert une manifestation contre la hausse des prix dans le Puntland, il est toujours détenu dans un lieu inconnu de cet état fédéré semi-autonome de la Somalie.

Cette détention survient alors que les arrestations arbitraires de journalistes se poursuivent à un rythme inquiétant. Farah Mohamed Khalif, également journaliste indépendant, a été arrêté en même temps que son confrère Kilwe Aden Farah avant d’être libéré deux jours plus tard. Le 26 décembre, le journaliste Ali Dahir Herow avait fait l’objet d’une arrestation et d’une détention illégales par les autorités locales de la ville de Beledweyne, au centre du pays, après avoir couvert une manifestation. Quelques jours plus tôt, le 23 décembre dernier, ces dernières avaient aussi arrêté le journaliste Abdulkadir Farah Dulyar après son interview d’un commandant d’une milice rebelle armée. Il a été relâché le lendemain. En tout, RSF et son partenaire local, le syndicat national des journalistes somaliens (Nusoj) ont recensé 32 arrestations arbitraires de journalistes en 2020.

“Les cas de journalistes privés de leur liberté pendant quelques jours ou plusieurs semaines pour le simple fait d’avoir fait leur travail restent extrêmement élevés en Somalie et témoignent de l’urgence à adopter le moratoire  promis sur ces arrestations arbitraires, déclare le responsable du bureau Afrique de RSF,  Arnaud Froger.  La mise en œuvre rapide de ce moratoire est d’autant plus indispensable que les pressions sur les journalistes risquent de s’accentuer à mesure que se rapproche l’élection présidentielle de février. Le cas de Kilwe Aden Farah est emblématique. Ce reporter n’a rien à faire en prison. Nous appelons à sa libération sans condition.”

A l’occasion d’une mission inédite effectuée en octobre dernier, RSF et le Syndicat national des journalistes somaliens (Nusoj), avaient rencontré le président somalien Mohamed Farmaajo et le Premier ministre Mohamed Hussein Roble pour leur demander de prendre des mesures concrètes afin d’améliorer l’environnement encore très hostile dans lequel évoluent les médias somaliens. Le Premier ministre s’était alors engagé à mettre en place un moratoire sur les arrestations de journalistes.

Au moment de cette mission, le directeur et propriétaire de la très populaire chaîne privée Astaan TV Abdimanan Yusuf, se trouvait en détention depuis plusieurs mois dans un dossier monté de toutes pièces contre lui. Arrêté en juillet dans l’état auto-proclamé indépendant du Somaliland, il avait ensuite été condamné à cinq ans de prison et à la suspension de sa chaîne. Il a finalement été libéré le 10 décembre dernier.

La Somalie figure à la 163e place sur 180 pays du Classement mondial de la liberté de la presse publié chaque année par RSF.

Source: Rsf