Gouvernement face à la presse: Autopsie d’une communication politique ratée

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Loin d’être exemplaire, la communication du gouvernement suscite la curiosité. D’abord rassurante, puis inquiétante et enfin, franchement catastrophique, la cohérence de la stratégie adoptée soulève des débats légitimes. “Le Témoin” pose le débat.

« Parfois, il vaut mieux se taire » : la difficile communication de crise du gouvernement sur l’émigration clandestine, l’emploi des jeunes, le manque d’eau, la maladie mystérieuse apparue à Thiaroye-Sur-Mer, les licences de pêche, la tenue des Locales, a été sentie par tous. Ou, du moins, par la grande majorité des Sénégalais. L’Exécutif a peiné à convaincre nos compatriotes sur ces différentes questions de l’heure. Mardi 24 novembre dernier, 9 ministres et un secrétaire d’Etat ont fait face à la presse, sans pour autant parvenir à apaiser les inquiétudes et les doutes de l’opinion publique sur les questions évoquées.

Analysant pour “Le Témoin” l’exercice de communication du gouvernement de mardi dernier, l’enseignant-chercheur en Communication au Cesti, Sahite Gaye, estime qu’elle ne passe pas si on s’en tient à ce que les acteurs eux-mêmes disent en commençant par le Président. Ce diagnostic traduit, selon notre interlocuteur, une certaine faiblesse de la communication publique du gouvernement. « Elle est quasi inexistante en ce sens qu’elle est souvent remplacée par une communication politique, qui ne saurait être d’intérêt général et qui ne se focalise pas sur les actions du gouvernement, dans une démarche explicative », estime M. Gaye.

Poursuivant son argumentaire, l’enseignant-chercheur au Cesti explique que, dans un contexte comme celui de la conférence de presse, il faut laisser de côté les éléments de langage et la rhétorique et faire de la communication par la preuve. Ce qui a manqué au cours de l’exercice de mardi dernier, selon lui.

En effet, développe l’enseignant-chercheur, « le contexte de l’émigration, de la crise des DIPA au ministère du Commerce, des licences de pêche etc., fait que le message attendu n’a pas délivré. Sur toutes ces questions, des doutes persistent encore ».

Pr.SAHITE GAYE : « Pour un premier exercice, il fallait plus donner de l’information claire et précise par rapport aux attentes des citoyens »

Spécialiste en communication travaillant dans un organisme international, notre deuxième interlocuteur, qui a voulu garder l’anonymat, pense que le face-à-face du gouvernement avec la presse, est une mise en scène de communication qui n’avait pas pour but de parler de l’émigration clandestine, de l’importation du sucre, de la maladie mystérieuse, de la pénurie d’eau ou des licences de pêche.

« Le Président était en train de mettre en place son dispositif, notamment pour les élections locales. Et la communication est juste venue en filet. Cette communication est éminemment politique. C’est aussi une manière de préparer l’opinion sur les Locales.

Les Sénégalais ont une mémoire courte. A chaque élection, le président de la République prend le soin de mettre en place un dispositif qui lui permet de gagner la prochaine élection. Donc, ceux qui pensent que cette conférence de presse était tenue pour répondre aux questions de l’heure, se sont trompés. Il faut aussi savoir que cette communication politique avait également pour but de montrer à ceux qui ont quitté ou qui sont sur le point de quitter le parti au pouvoir ou la majorité présidentielle, que le gouvernement fait toujours bloc derrière le Chef Macky Sall 
», analyse ce professeur en stratégie de communication.

Il poursuit en soutenant que ceux qui pensent que la communication du gouvernement a été ratée, ont raison « dans la mesure où aucune solution n’a été proposée». « D’ailleurs, s’ils avaient des réponses, ils allaient les donner bien avant. Ils n’allaient même pas tenir cette conférence. Ils allaient aller directement droit au but et solutionner les problèmes. Il n’allaient pas attendre que des jeunes meurent par centaines pour réagir », pense notre interlocuteur.

Le Professeur Gaye conforte notre deuxième interlocuteur dans son analyse. Lui aussi pense que la communication du gouvernement était politique, en ce sens que l’aspect explicatif qui devrait être visible avec de l’information destinée aux citoyens, n’a pas été perceptible. « Pour un premier exercice, il fallait plus donner de l’information claire et précise par rapport aux attentes des citoyens », conclut Pr. Sahite Gaye.

Espérant que des correctifs seront apportés dans moins de 15 jours à l’occasion du deuxième face-à-face avec la presse, les citoyens, eux, restent sur leur faim…