Mbargou Diop : La mort d’un homme de bien. (Par Mamadou AMAT)

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« Ici Thiès. Le panorama de l’actualité régionale avec Mbargou Diop : le sommaire !» Quel auditeur des émissions d’actualités nocturnes de Radio-Sénégal n’a jamais entendu, au moins une fois pendant une bonne partie des années 1980, cette intro toujours très articulée et déclinée d’une voix forte et posée par le correspondant de l’Agence de presse sénégalaise (APS) dans la capitale du Rail ? C’est que, outre les relations quotidiennes qu’il faisait des activités de la région pour le compte de son employeur, Grand Mbargou [comme j’avais pris l’habitude de l’appeler] collaborait régulièrement avec l’Office de radiodiffusion télévision du Sénégal (ORTS). Voilà comment, à travers des duplex, ces comptes rendus verbaux style radio, il alimentait régulièrement [et bénévolement] l’ancêtre de la RTS qui ne disposait pas alors de station régionale à Thiès. Il n’en avait pas non plus à Louga, où Mbargou Diop avait chopé le virus de la radio avec ses premiers duplex.


Le son de la voix évoqué à la première ligne de ce texte n’a rien à voir avec celui qui a fusé de mon portable, il y a environ un mois, au matin d’une funeste journée de la deuxième décade du mois d’août. Si l’écran du téléphone n’avait pas affiché le nom de l’appelant, j’aurais eu du mal à reconnaître la voix haletante et à peine audible qui en sortit. 

« Amat, mon ami et frère, je me confie à toi, car je sais que je vais bientôt partir ! ». Qui peut rester de marbre devant une intro aussi directe et péremptoire ? Après avoir repris à peu près mes esprits et ne sachant quoi dire de bien sensé, je lui demandai à brûle-pourpoint s’il était, lui aussi, une prochaine victime de la Covid-19. Il me rassura (si je puis dire) en précisant qu’il souffrait d’insuffisance respiratoire. 

Au moins, me dis-je en mode consolation, il n’y avait pas risque de contagion pour les membres de sa famille, en particulier sa douce et charmante épouse, Coura, dont je connais les sentiments vrais et profonds qu’elle a toujours nourris à l’égard de l’homme de sa vie, celui qu’elle a choisi d’accompagner ces quelque quarante dernières années. Pour ne pas trop le fatiguer après avoir constaté que parler lui devenait de plus en plus pénible, je ne passais plus que par le téléphone de Coura pour avoir des nouvelles. A raison d’un appel tous les deux ou trois jours…


Mbargou nous a quittés définitivement, dans sa soixante-onzième année, en cette matinée fatidique du samedi 12 septembre 2020, ainsi que me l’a annoncé sa fille Ramata alors que j’avais prévu d’appeler dans la journée, en attendant d’aller lui rendre sa petite visite. Il a rendu l’âme à l’hôpital Amadou-Sakhir-Mbaye de Louga, la ville où il avait choisi de s’installer avec sa famille quelques années avant de prendre sa retraite de l’APS. Il a été inhumé, le même jour dans l’après-midi, à Linguère, sa ville de naissance, là où l’enseignant de formation qu’il était s’est fait et accompli. En effet, promoteur, en 1975, de la première école privée de Linguère, Mbargou Diop aura permis à nombre de jeunes qui n’avaient pas réussi l’entrée en sixième de poursuivre les études et de préparer le concours d’entrée au CEG [collège d’enseignement général]. Quand j’ai annoncé la mauvaise nouvelle dans le groupe WhatsApp que nous partageons, notre ami et cadet Samba Mangane, témoignant sur Mbargou, a écrit : « Beaucoup de mes amis qui ont fait l’école de Mbargou sont devenus des cadres » dont la plupart, a-t-il expliqué, ont servi ou servent encore leur pays dans diverses sphères de la vie nationale.

Mais il faut croire que l’homme ne devait s’accomplir pleinement qu’en exerçant le métier qui a toujours occupé ses rêves : le journalisme. Comme il me le confiera un jour, il a bénéficié d’un coup de pouce de l’alors ministre de l’Information, Daouda Sow, de Linguère comme lui, pour faire son entrée à l’APS, dirigée à ce moment par le regretté Amadou Dieng, un autre ressortissant de leur Djolof commun. Ce jour où, de sa voix éraillée, il m’a susurré que ses jours étaient désormais comptés, Mbargou m’a rappelé que lorsqu’il a mis les pieds à l’agence nationale d’information, en l’an de grâce 1977, le directeur lui a conseillé de se rapprocher de moi, alors jeune reporter s’intéressant à plein de choses…

Pour son tout premier reportage, il m’a accompagné au Cap des Biches pour la couverture de l’inauguration d’importantes installations de la Senelec. Il m’a avoué avoir été frappé, à notre retour, par la rapidité avec laquelle j’ai rédigé mon compte rendu alors que lui passera beaucoup de temps à faire le sien. Il m’a ensuite remis son travail sur lequel je lui fis desremarques en lui prodiguant, m’a-t-il assuré, un certain nombre de conseils dont il n’a jamais manqué de tenir compte par la suite. Bien entendu, je n’ai gardé aucun souvenir de cette histoire. Je ne me souvenais même pas avoir jamais mis les pieds à la centrale électrique de Rufisque, ni a fortiori avoir dispensé ce « cours de reportage ».

Et je le lui dis. Ce à quoi il me répondit ceci : « Cela m’a beaucoup marqué, et jamais je ne l’oublierai »


Puisque l’homme avait toujours une soif inextinguible de connaissances, Mbargou n’a jamais arrêté d’apprendre et de progresser. Voilà qui explique aussi qu’après sa retraite de l’APS, il a continué à travailler, servant notamment comme correspondant à Louga du site d’information en ligne Dakaractu et du quotidien Le Témoin.

Par le présent témoignage, que mon ami Mamadou Oumar Ndiaye m’a quasiment forcé à pondre, je proclame que de ce que je sais de lui, Grand Mbargou fut un homme de bien. Je prie le Tout-puissant Allah de réserver à mon ami et frère le meilleur des accueils en Son Paradis éternel. Que son âme repose en paix et que la terre de Linguère lui soit légère.
 

Mamadou AMAT, ancien rédacteur en chef de l’APS

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