ENTRETIEN – Bamba Kassé, SG Synpics : « Il n’y aura pas d’année blanche pour le dépôt de cahiers de doléances »

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Le président de la République, Macky Sall, ne recevra pas de doléances de la part des centrales syndicales, cette année. Mais, le Syndicat des professionnels de l’information et de la Communication du Sénégal (SYNPICS) a décidé de présenter ses doléances au ministre du Travail, du dialogue social, des organisations professionnelles et des relations avec les institutions. C’est ce qu’a fait savoir, Bamba Kassé, dans cet entretien. Le Secrétaire général du Synpics a fait état de l’impact négatif de la pandémie sur quasiment tous les secteurs de l’économie nationale.

Le 1er mai est célébrée, cette année, dans un contexte particulier de crise sanitaire. Quel est votre message, en tant que SG du Synpics, en ces temps difficiles ?

Nous rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’il nous donne, la santé, notamment.  Nous prions pour nos malades, mais aussi pour ceux qui ne sont plus dans ce monde du fait du coronavirus. Comme vous le savez, la fête internationale du Travail est célébrée, cette année, dans un contexte très particulier, marqué par la pandémie de coronavirus. Des milliards de personnes du monde entier voient la pandémie bouleverser leur vie. Une pandémie qui a fait des victimes et qui continue en à faire. Dans cette crise sanitaire, les journalistes se sentent solidaires des autres corps de métier qui sont au front. Notamment le corps médical et les forces de l’ordre. Nous leur adressons nos encouragements.

Quelle lecture faites-vous de la situation actuelle où l’économie est impactée, le secteur de la presse aussi ?

On a qualifié cette heure de grave que personne n’aurait pu prévoir, cette situation étant totalement inédite. Nous vivons une situation de précarité économique mondialisée. Plusieurs secteurs d’activités ont cessé de fonctionner du fait des mesures prises dans la lutte contre le Covid-19. Forcément, cela aura des impacts directs sur l’économie. Et, les impacts vont se poursuivre. C’est là que nous devons faire preuve d’une capacité d’adaptation pour être d’une capacité de résilience pour pouvoir se redéployer. Voir quelles sont les contraintes que l’on peut transformer en atouts. Je pense que la presse sénégalaise doit aller dans ce sens.  

Cette année, il n’y aura pas de dépôt de cahiers de doléances, du moins pour certaines centrales syndicales…

Malgré tout cela, nous du Synpics, allons déposer, par courrier physique, ce que furent vraiment les cahiers de doléances de cette année, au niveau du ministère du Travail, du dialogue social, des organisations professionnelles et des relations avec les institutions. Ça se fera en début de semaine prochaine. L’absence de manifestations ne doit pas empêcher que les doléances de la presse ne puissent être enregistrées. Le contexte a, en outre, le mérite d’offrir une réflexion prospective et de poser des pistes de solution. Pour le synpics, il n’y aura pas d’année blanche pour le dépôt de cahiers de doléances. Maintenant, il faut tenir en compte le contexte d’actuel Covid-19 et d’après Covid-19.

Avez-vous déjà fait le point quant à l’évaluation des doléances exposées aux autorités l’année dernière ? 

Alors, il faut se rendre à l’évidence : par rapport aux demandes formulées l’année dernière, il n’y a pas eu beaucoup de satisfactions. Il faut le dire, honnêtement. Nous avons simplement eu deux arrêtés. Mais, nous n’avons pas encore eu de décrets d’application du Code de la presse. Cela fait trois ans que nous avons voté un Code de la presse, mais le décret d’application tarde à être mis en œuvre. Il en est de même, il faut le dire, pour l’arrêté du ministre chargé de la Communication instituant la commission nationale de délivrance de la carte de presse. Même si c’est le genre de mesure qui rassurait les gens, c’est un pas en avant. À part ça, aucune des autres revendications n’a connu une suite favorable, malgré les instructions données.

Après avoir insisté sur les mesures barrières, les autorités semblent évoluer vers l’idée que les médias devraient montrer l’exemple. Qu’en pensez-vous ?

À chaque fois qu’il y a eu des épidémies, la presse a toujours joué son rôle, à travers la sensibilisation. Elle a toujours montré l’exemple. Pour ce qui est de la pandémie du coronavirus, les médias ont réalisé beaucoup de spots de sensibilisation en plusieurs langues. Tout le monde a mis de côté les intérêts pour suivre les recommandations des spécialistes de la santé. Parfois aussi, il faut le dire, les médias donnent le mauvais exemple. Je fais référence à la banalisation de la maladie sur certains plateaux de télévision. Cela a également poussé certains sénégalais à abandonner certaines mesures barrière. Mais, tout cela est révolu. Maintenant, tout le monde est conscient des dangers de la maladie.

Dans le secteur de la presse, à l’instar des autres secteurs de l’économie, la réorganisation du travail a été décidée. Beaucoup de professionnels de l’information se sont mis au télétravail. Que vous inspire tout cela ?

Si l’esprit de collaboration est respecté, il n’y aura pas de problème. C’est vrai qu’une réorganisation du travail s’est imposée. Mais, la question que je me pose, c’est est-ce que cette réorganisation-là ne sera pas la norme dans l’après Covid-19. Est-ce que le télétravail ne va pas se positionner dans le futur. Le système de télétravail pourrait, à la fin du Covid-19, perdurer. L’exception pourrait devenir la règle, comme on dit. Mais, nous surveillons tout ça. Ce qui est clair, toute l’économie devrait se réadapter.

Malgré l’état d’urgence, la libre circulation des journalistes détenteurs d’autorisation n’a pas été remise en cause. N’est-ce pas une satisfaction?

C’est vrai que depuis que l’état d’urgence a été décrété et le couvre-feu instauré, les journalistes, tant bien que mal, parviennent à assurer leur libre circulation grâce notamment aux autorisations de circuler délivrées par le ministère de l’Intérieur. Ces autorisations sont de caractère permanent. Aujourd’hui, le système est approuvé. Il n’y a pas eu d’incident majeurs impliquant des journalistes. Nous estimons que c’est un bon procédé qui devrait se proroger jusqu’à la fin du couvre-feu. Nous estimons que, même dans les pays où il y a eu un confinement général, la liberté de circuler des journalistes n’a jamais été remise en cause. Donc, nous encourageons les autorités à prendre davantage en considération ce principe.   

Dakaractu