Gilles Pélisson (TV Notes 2019) : “Ceux qui disent que la télévision est morte se trompent”

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Le PDG de TF1 est l’invité exceptionnel de puremedias.com alors que la Une vient d’être sacrée “chaîne historique de la saison” aux TV Notes 2019.

Carton plein pour TF1 aux TV Notes 2019, organisées par puremedias.com, “20 Minutes” et RTL. Plébiscité par les votants cette année, le groupe de Gilles Pélisson s’adjuge pas moins de 12 récompenses cette année, dont celle de meilleure chaîne historique pour la Une, de magazine de reportages de la saison pour “Sept à Huit” ou encore de présentateur de JT de la saison pour Jean-Pierre Pernaut. Exceptionnellement, le PDG du groupe TF1 a accepté de commenter auprès de puremedias.com ces très bons résultats.

puremedias.com : Un deuxième TV Notes consécutif de “chaîne historique de la saison” pour TF1, une douzaine de récompenses au total pour votre groupe : c’est un signe de plus que votre groupe va dans la bonne direction ?
Gilles Pélisson : Oui certainement. C’est toujours très réconfortant de voir que tous les efforts faits par les équipes du groupe pour diversifier notre offre de programmes, prendre des risques, mettre en lumière de nouveaux talents et de nouveaux concepts, rencontrent un public. Ce palmarès est surtout pour moi le symbole d’un bon alliage entre les solides acquis de TF1, à l’image du “13 Heures” de Jean-Pierre Pernaut, de “Koh-Lanta” avec Denis Brogniart ou “Vendredi, tout est permis avec Arthur”, récompensés aux TV Notes 2019, et les succès des nouveaux visages et programmes, comme “Quotidien” avec Yann Barthès, “Burger Quiz” avec Alain Chabat, ou encore nos fictions comme “Jacqueline Sauvage” et “Les Bracelets rouges”. Je pense que le public français est sensible à cette association de repères et de nouveautés que nous proposons sur toutes nos antennes.

Avec les excellentes audiences actuelles de la Coupe du monde féminine, on peut dire que tout est réuni pour que vous passiez de bonnes vacances…
Rires. Oui, surtout si les joueuses françaises vont au bout de leur rêve ! C’est tout ce qu’on leur souhaite. Proposer du football féminin à des heures de grande écoute sur TF1 était un grand défi. Il y a un an, peu de monde aurait parié sur un tel succès. Tout cela a été rendu possible grâce à un intense travail de valorisation de cette discipline et de ses visages sur nos antennes en amont, pour créer des repères pour le téléspectateur. Beaucoup de gens découvrent avec bonheur que c’est un très beau sport quand il est pratiqué par des femmes. Elles proposent un football plus fluide, avec moins de fautes et de contestations de l’arbitre, mais avec une grande technicité et un fort esprit d’équipe

Franchement, vous vous attendiez à de telles performances d’audience ? 
Pas du tout ! Les estimations en interne allaient de 5 à 7 millions de téléspectateurs. Le fait que nous soyons à 10 millions dès les matchs de qualification des Bleues est une vraie surprise.

On dit que cette compétition pourrait du coup être rentable pour le groupe TF1… 
J’ai lu cela dans certains médias, oui. Je crois qu’il ne faut pas tout mélanger. Ce n’est pas parce que les matchs de l’équipe de France réalisent des audiences exceptionnelles que tous les autres matchs sont aux mêmes niveaux, même si on a en effet eu quelques belles surprises comme le Angleterre/Argentine de vendredi dernier qui a très bien fonctionné sur TMC par exemple. De là à parler de forte rentabilité ou de “casse du siècle” pour TF1, non.

En septembre prochain, vous diffuserez la Coupe du monde de rugby masculin. Vous n’êtes pas parvenu à sous-licencier à une chaîne payante une partie des droits de cette compétition. Est-ce un regret ? 
Certes, cela aurait pu être une source de revenus supplémentaire pour TF1. La bonne nouvelle, c’est que ce scénario avait été anticipé. Et surtout, nous sommes ravis de proposer la Coupe du monde en exclusivité aux nombreux fans de rugby en France. Ce sera un très bel évènement et c’est la première fois que nous en diffuserons l’intégralité sur TF1 et les autres antennes du groupe. La compétition étant au Japon, les matchs seront surtout programmés le week-end essentiellement le matin, dans des cases traditionnellement moins élevées chez nous, avec une forte disponibilité du public. Ce sera donc un vrai “plus” du côté des audiences.

Cela ne préjudicie pas votre objectif d’un taux de marge opérationnelle à deux chiffres dès cette année ? 
Non, cela avait été anticipé.

Roland-Garros, ça vous intéresse ?
A titre personnel, oui (rires). Pour nos chaînes, le tennis est toujours un exercice très compliqué. Nous sommes sur des matchs sur terre battue en cinq sets pour les garçons, et donc par définition longs. La fédération va proposer des “night sessions” sur le modèle américain. C’est intéressant et nous regarderons, dans la mesure de nos contraintes.

Comptez-vous tenter de remettre un pied dans la Ligue des Champions dont le nouvel appel d’offres pourrait être lancé dès la fin d’année ?
Tout dépend de ce à quoi nous pourrions avoir accès en tant que chaîne en clair. A chaque fois que nous programmons un évènement sur TF1, son audience est fortement amplifiée. C’est la force de TF1 et c’est ce que les patrons de la F1 ont compris en rouvrant aux chaînes en clair des grands prix. Nous pensons que la Ligue des Champions pourrait tirer profit d’une vitrine supplémentaire en clair. Après, tout dépend si ce sont des groupes payants qui achètent finalement la compétition, et si ces groupes payants ont eux-mêmes des chaînes en clair, auquel cas ils donneront logiquement les matchs à ces dernières. Bref, à voir…

L’audience en 4+ de TF1 s’érode toujours cette année. Est-ce une fatalité ?
L’année 2018 (celle de la Coupe du monde, ndlr) a prouvé que ce n’était pas une fatalité puisque nos audiences sur l’ensemble du public ont progressé. Plus généralement, tous ceux qui disent que la télévision est morte se trompent et le groupe TF1 s’attache d’ailleurs à démontrer l’inverse tous les jours. En tant que groupe privé, le gendarme n’est cependant pas le “4 ans et plus” mais davantage les cibles qui intéressent les annonceurs en priorité : les actifs mixtes, entre 25 et 49 ans, ou les femmes responsables des achats de moins de cinquante ans (FRDA-50, ndlr). C’est là-dessus que nous sommes principalement jugés et nous avons des performances excellentes sur ces cibles, en progression grâce à notre stratégie multichaînes. De plus, Médiamétrie intègrera l’audience des programmes consommés en mobilité à partir de 2020 et nous aurons enfin une vue complète de la façon dont nos programmes sont regardés..

A près d’un million d’euros le prime, est-ce toujours intéressant pour TF1 de diffuser “The Voice” ?
Là encore, la clé du succès est pour moi un cocktail entre nouvelles émissions permettant d’attirer de nouveaux publics et celles qui sont déjà bien ancrées chez les téléspectateurs. “The Voice” fait partie de cette catégorie. Je connais peu de programmes capable de fédérer 30% du public féminin sur 18 soirées en huitième saison et tant qu’on reste capable d’innover comme nous l’avons fait pour “The Voice” cette saison avec de nouveaux coachs ou l’épreuve des KO par exemple, ce genre de programmes a toute sa place sur nos antennes. Nous sommes également très fiers que l’émission permette à autant de talents de la scène musicale française d’émerger chaque année.

Est-ce que Camille Combal est amené à devenir le “Monsieur divertissement” du groupe TF1 à terme, puisqu’il incarne la plupart de vos nouvelles émissions de ce genre ? 
Pour Ara Aprikian et moi, c’est une équipe, avec des talents très installés comme Nikos Aliagas, Jean-Luc Reichmann, Karine Ferri, Alessandra Sublet, Laurence Boccolini et d’autres en devenir comme Camille Combal ou Martin Weill sur TMC. Ce n’est pas : “on fait un boulevard à l’un et on arrête l’autre”. Ce n’est pas comme cela que cela marche.

La crise des Gilets jaunes a permis à LCI d’atteindre le point d’audience cette saison. Le spectre d’une fermeture de la chaîne info s’éloigne-t-il ? 
Nonce Paolini évoquait cette hypothèse au cas où la chaîne ne passerait pas en clair. Aujourd’hui, nous cherchons plutôt à développer l’audience de LCI malgré son canal 26, tout en créant un lien de qualité avec le public français. C’est ce que Thierry Thuillier et Fabien Namias s’attachent à faire depuis trois ans. C’est ce qu’a fait cette saison David Pujadas, récompensé dans votre palmarès, au quotidien comme lors de grandes soirées spéciales de débat, ou Pascale de La Tour du Pin et Audrey Crespo-Mara tous les matins.

A quel horizon LCI peut-elle devenir rentable ? 
Je ne raisonne pas comme cela. Avec Thierry Thuillier, nous nous concentrons sur l’information du groupe au sens large. Sur un coût des programmes de près d’un milliard d’euros, cela représente 140 millions. L’information est un investissement mais cela fait partie de l’ADN du groupe TF1, qu’il s’agisse des rendez-vous du “13 Heures”, du “20 Heures”, ou des magazines d’information comme “Sept à huit”, que je suis aussi très heureux de voir récompensé. En faisant travailler les équipes de TF1 et de LCI ensemble, à l’image de notre service politique unique piloté par Adrien Gindre, l’enjeu est davantage de faire de l’information un atout stratégique et nous considérons aussi que c’est une responsabilité dans un monde de fake news.

Il y a un an quasi jour pour jour, vous annonciez avec vos concurrents France Télévisions et M6 le lancement de Salto. La plateforme est toujours ensablée à la case “régulation”. Ca vous énerve ?
Non, ça ne stagne pas. Le dossier a passé le sas européen et est en cours d’instruction chez l’Autorité de la concurrence. Ils ont parfaitement saisi l’urgence de la situation et j’ai bon espoir que ce dossier aboutisse dans les mois qui viennent.

Pour “Le Bazar de la charité”, vous avez accepté l’argent de Netflix. Est-ce une stratégie cohérente avec le lancement de Salto, un futur concurrent de Netflix ?
Nous sommes dans un monde où vous devez coopérer avec vos concurrents. Dans le cas du “Bazar de la charité”, nous octroyons des droits pendant seulement quatre ans. Netflix arrive en cours de projet pour un pré-financement. L’intérêt de Netflix pour “Le Bazar de la charité” traduit aussi l’ambition du projet. Nous n’avons pas vendu notre âme au diable. Que ce soit en tant que diffuseur ou en tant que producteur, ce type de partenariat est intéressant pour nous et pour les oeuvres auxquelles il donne une dimension nouvelle, internationale. Nous essayons simplement de tirer intelligemment avantage de la révolution du marché.

Vous êtes en concurrence avec les plateformes côté diffusion, et partenaire côté production, notamment via Newen avec “Osmosis” par exemple. Ce grand écart est-il tenable sur la durée ?
C’est le monde d’aujourd’hui qui demande de l’agilité et de la souplesse. Notre conviction absolue, c’est “content is king”, le contenu est roi. Ce sont les contenus uniques et de qualité qui nous feront gagner la bataille. C’est par exemple pour cela que nous faisons des paris comme “Masked Singer”, qui arrivera bientôt sur nos antennes.

Comptez-vous faire d’autres acquisitions dans le domaine de la production ? 
L’avenir de Newen passe par des acquisitions à l’international, la société produisant presque le maximum de ce qu’elle peut en France, dans la régulation actuelle.

Est-ce que Newen pourrait cependant produire prochainement un deuxième feuilleton quotidien sur TF1 ? 
Pourquoi pas. Cela peut faire partie des pistes de réflexion sur l’une ou l’autre des antennes du groupe. Mais ce n’est vraiment pas la seule, ni à l’ordre du jour

Est-ce que le support radio intéresse TF1 ? 
On est très fier d’être la régie les Indés Radios oui (sourire). Ensuite, le monde de la radio, on le regarde mais pour le moment, nous n’avons rien de prévu dans ce domaine.

Etes-vous intéressé par les radios musicales qu’Arnaud Lagardère veut vendre ?
J’ai entendu : “A des prix dithyrambiques”. S’il était véritablement vendeur de quelque chose, il faudrait trouver le bon prix.

Est-ce que l’acquisition de Gulli par M6 vous fait peur ? 
Non. Je pense que c’est important d’avoir une offre jeunesse sur le marché français. Nous sommes d’ailleurs déjà présents sur ce marché avec TFOU et TFOUMax, deux marques très fortes. J’ai aussi souhaité que nous restions présents, via Newen, dans Blue Spirit, un très beau studio d’animation français qui travaille pour les plus grands, dont Disney. Concernant le rachat de Gulli par M6, cela permettra aussi d’enrichir l’offre de Salto en matière de jeunesse, ce qui est une bonne nouvelle. Dans ce dossier, j’ai cru comprendre que M6 avait payé le prix fort (sourire).

La réforme de l’audiovisuel a été confirmée pour début 2020 par le Premier ministre lors de son discours de politique général récent. Quelle est la mesure qu’elle doit absolument contenir selon vous ?
Malheureusement, il n’y en a pas qu’une. Autoriser la publicité adressée est très important. Plus généralement, voir la télévision régie par des lois qui interdisent par exemple à nos chaînes de proposer de la publicité pour des films que nous avons financés semble relativement paradoxal. Ce sont des paradoxes uniques en Europe avec des grilles de lecture qui datent d’il y a trente ans. Ce n’est pas le sens de l’histoire.

Avez-vous, vous Gilles Pélisson, peur des GAFAN ? 
Non. La question porte davantage sur notre capacité en tant qu’Européens à faire comprendre à nos gouvernants que nous devons avoir des marges de manoeuvre pour se défendre face à des plateformes qui ne sont pas régulées. La France est un pays de culture, de création, nous avons la chance d’avoir de nombreux talents. Si nous n’avons pas envie que tout cela soit écrasé par des grands groupes pilotés depuis la Silicon Valley ou Hollywood, il est important que nos groupes européens arrivent à survivre. Et pour cela, il faut leur en donner les moyens.

Face aux GAFAN, améliorer l’expérience-utilisateur est un des chantiers prioritiares? 
C’est en tout cas un vrai changement de culture que nous mettons en place pour tout le groupe. Dans un groupe de télévision comme TF1, nous étions historiquement surtout concentrés sur la diffusion de nos programmes en direction d’une population qui nous regardait sur l’écran du salon. Ce n’est plus du tout le cas. Nous consommons désormais ce que l’on veut, où on veut, quand on veut. Nous devons nous adapter à ces usages. Ce n’est pas la même chose de consommer les contenus via une application, un portail ou via les box des opérateurs. Ce sont des expériences un peu différentes et il nous faut nous approprier en interne la pleine maîtrise de ces différents canaux. Toute l’idée pour nous est d’enrichir l’expérience du téléspectateurs. C’est pour cela que nous avons mis en place le start-over, faciliter le “binge-watching” des programmes ou la consommation “multi-devices”. Cette fluidité d’expérience qu’on peut retrouver chez Netflix n’existait pas chez TF1. Nous la mettons en place et le nouveau MyTF1 en est une illustration.

Le marché adressé par TF1 est-il comme Netflix celui de l’attention ?
Cela reste un sujet oui : l’attention du consommateur dans une société où les écrans sont partout. L’enjeu est pour nous de toucher la population française dans toute sa diversité. Mais nous sommes surtout la plus grande plateforme de création de valeur de marque pour les contenus comme pour les annonceurs.

Gilles Pélisson, vous avez pris les commandes d’un groupe médias il y a trois ans après avoir exercé dans d’autres secteurs, dont l’hôtellerie. Qu’est-ce que celui des médias a d’unique ? 
Il y a ce rendez-vous à 9h02 chaque matin pour les audiences qui est unique. Même si ma mission principale est de réfléchir à deux, cinq ans voire plus, il est difficile de se détacher des résultats d’audience quotidiens, car ils expriment aussi la force de rassemblement de TF1 et sa place dans le quotidien des Français. Nous sommes sur un rythme très particulier. Tous les soirs, ce sont de nouveaux paris, avec une concurrence différente. Dans l’hôtellerie, la restauration ou les parcs à thème, nous connaissons les concurrents et ils ne bougent pas aussi rapidement. Dans ce secteur des médias, il y a aussi la dimension managériale qui est unique. Vous avez à gérer toute la palette des métiers traditionnels d’une entreprise, comme les fonctions support par exemple, mais aussi des talents, qui sont par définition des profils hors-normes. Enfin, c’est un secteur qui intéresse particulièrement les médias. Dans l’hôtellerie, vous avez deux journaux professionnels et c’est tout. Tous les médias s’intéressent en revanche à la télévision.

Le mandat de Nonce Paolini a été présenté comme celui de la transition après la période dite du “grand TF1”, avec notamment le rattrapage du train de la TNT. Comment inscrivez-vous le vôtre dans l’histoire du groupe ?
Je m’inscris dans une ère du rebond et du redéploiement, permise notamment par la belle revente d’Eurosport réalisée par Nonce Paolini, mais qui avait diminué la taille du Groupe. Nous nous attachons à réaliser ce redéploiement avec notre actionnaire, le groupe Bouygues, en amont dans la production, et en aval dans le digital avec Unify qui réunit de très beaux actifs comme AuFeminin, Marmiton, Doctissimo et MyLittleParis. Nous sommes passés d’un monocoque à un trimaran. Et comme vous le savez, un trimaran va plus vite et prend mieux le vent !

www.ozap.com

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