Bouquet audiovisuel : comment ça marche ?

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Qui paie quand une radio ou une chaîne de télévision sénégalaise est sur Canal+ ? Le média sénégalais paie ou reçoit des royalties ? Ou alors, est-ce un jeu à zéro dépense ? Ce sont exactement des questions posées à Africa Check par un internaute sur Twitter. Cette fiche d’information tente d’apporter des éléments de réponses.

Un bouquet numérique désigne en télévision, « un ensemble de chaînes, diffusées et commercialisées sous la même bannière et dans un même pays », renseigne Telesatellite, site spécialisé en informations sur le numérique et la technologie.

Le bouquet « se divise généralement en bouquet de base ou basique, premier niveau d’accession aux programmes, comportant une dizaine, voire une vingtaine de chaînes ou plus, et d’options thématiques (cinéma, sport, musique, etc.) ou de services (téléchargement, programmes à la carte, etc.) nécessitant un paiement supplémentaire », selon le même site.

Au Sénégal, parmi les bouquets les plus en vue figurent Canal+ et la TNT (Télévision Numérique Terrestre).

La gestion et la commercialisation du bouquet TNT sont assurées par le groupe Expo Carrefour Afrique, EXCAF.

« La TNT est une dérogation de service public. C’est comme si on confiait la Société nationale d’électricité à un privé. Mais la TNT reste toujours la prérogative de l’Etat », précise Mahé Diouf Tall, directrice commerciale du groupe EXCAF.

« Au Sénégal, l’Etat a fait savoir qu’il ne peut pas, pour le moment, financer le projet et a ainsi fait un appel d’offres en demandant de lui proposer un chemin simple qui fasse en sorte qu’il n’aura pas à dépenser de l’argent », ajoute-t-elle.

Mahé Diouf Tall explique que c’est donc « dans ce cadre-là qu’EXCAF a gagné le marché. C’est-à-dire qu’aujourd’hui ce projet TNT est géré par EXCAF qui est une structure privée, mais toutes les décisions sont prises au niveau de l’Etat », laisse-t-elle entendre.

Pourquoi l’accès à la TNT est-elle payante pour les téléspectateurs ?

Au Sénégal, les principales chaînes nationales de télévision sont gratuites et libres d’accès sur la TNT. En revanche, les abonnés de la TNT paient cinq mille francs par mois pour avoir accès aux chaines étrangères, selon Mahé Diouf Tall.

« Vous pouvez avoir un décodeur TNT chez vous et ne jamais payer un abonnement. Mais à ce moment-là vous n’aurez accès qu’aux chaines gratuites, c’est-à-dire 2StvRTSTFMSenTV, etc. Mais si vous voulez regarder d’autres chaines comme M6, TF1, National Geographic, etc. vous devez payer », précise-t-elle.

EXCAF exécute les décisions de l’Etat

La directrice commerciale d’Excaf explique que ce n’est pas l’entreprise qui décide quelle chaîne doit figurer dans le bouquet de la TNT.

« Nous recevons un courrier signé du ministère de la Communication via le CNRA (Conseil national de régulation de l’audiovisuel) qui nous demande de mettre telle chaîne sur le bouquet », précise-t-elle

De la même façon, poursuit-elle, « ils (l’Etat) peuvent nous dire d’enlever une chaîne de la TNT. Nous n’avons pas notre mot à dire, on exécute. On n’y est pour absolument rien du tout. Même l’ordre dans lequel les chaînes sont disposées, c’est l’Etat qui en décide ».

Pour la TNT, aucune partie ne paie l’autre

Africa Check s’est entretenu avec le journaliste Ibrahima Bakhoum, qui s’occupe de la communication du CNRA.

Il souligne que l’intégration d’une chaîne de télévision à la TNT n’implique aucune transaction financière. « Vous ne payez pas, on ne vous paie pas non plus ».

« Le gouvernement du Sénégal ne fait qu’appliquer une recommandation de l’Union internationale des télécommunications (UIT) par le biais de l’Accord GE06 de Genève qui a demandé à toutes les télévisions de se mettre sur le numérique », souligne Ibrahima Bakhoum.

« C’est ainsi qu’EXCAF s’est présenté. Aujourd’hui l’obligation d’EXCAF est de faire en sorte que toutes les chaînes de télévision sénégalaises soient sur le bouquet et vues en clair ; et on ne paie rien du tout. Mais encore faudrait-il que ce soit des télévisions respectant les cahiers des charges », conclut Bakhoum.

L’entrée au bouquet Canal+ est-elle également gratuite ?

Certaines chaînes de télévision sénégalaises ne sont pas sur le bouquet Canal+. C’est le cas de Lamp Fall TV. Son directeur Alioune Thioune indique être « en attente d’une disponibilité matérielle au niveau du satellite ».

Alioune Thioune n’a pas souhaité donner suite à nos questions relatives aux termes du contrat qui devrait prochainement lier Lamp Fall TV à Canal+.

Alassane Samba Diop est le directeur d’Iradio et d’Itv, qui sont des entités du groupe Emedia Invest.

Il explique que la récente introduction de son groupe au bouquet de Canal+ s’est faite à la suite d’une demande.

« Naturellement, ils y trouvent leur compte parce que cela leur fait plus d’abonnés. Les groupes de presse également (y trouvent leur compte) parce que cela leur donne de la visibilité et permet de gagner des parts de marché ».

« Nous avons adressé une demande. Aucune transaction financière, pas de négociations », explique Alassane Samba Diop.

Négociations « confidentielles »

Africa Check a contacté Massamba Mbaye, le Directeur général du groupe DMédias, qui a déjà rejoint le bouquet Canal+ avec sa chaîne de télévision SenTV.

« Il y a eu des négociations bien sûr. On est resté presque un an à négocier pour être d’accord sur les termes ; mais je ne peux en parler (car) c’est confidentiel », souligne M. Mbaye.

Il ajoute que même pour la TNT sur laquelle la SenTV est aussi présente, « ce sont les mêmes termes ».

Et hors du Sénégal ?

Dupita Tongo, rédacteur en chef de la chaîne de télévision camerounaise STV, qui est présente sur le bouquet Canal+, confie à Africa Check que « ce n’est pas gratuit » d’y être sans donner des détails sur la somme que paie sa chaîne.

Contacté par Africa Check par courrier électronique, Kamal Habib, le directeur adjoint de la chaîne de télévision béninoise Golfe TV explique que c’est Eutelsat, leur partenaire et prestataire satellitaire « qui s’est occupé de tout, vu que nous sommes aussi sur leur satellite ».

M. Habib dit n’avoir « aucune information précise concernant les modalités et conditions y afférentes ».

Le mutisme de Canal+

Le groupe Canal+ n’a pas souhaité répondre aux nombreuses sollicitations d’Africa Check sur le sujet.

« Le directeur dit qu’il n’a pas de réponse à donner », répond Ndèye Diallo Fall Cissé, assistante de direction à Canal+ Sénégal.

Nous avons également envoyé des courriers électroniques à Maimouna Tounkara, la responsable de la communication de Canal+ Sénégal.

Nous attendons toujours une réaction d’elle, malgré nos relances. Nous actualiserons cet article quand le groupe répondra.

Edité par Samba Dialimpa Badji

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