Daouada Diarra, Professeur de communication visuelle : «Effectivement, l’affiche peut influencer le vote des électeurs»

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De l’avis de Daouda Diarra, de l’Ecole des Beaux-arts de Dakar, l’affiche est un support de communication de masse qui atteint une cible assez large. «Il y a 4 éléments que l’on peut  lire sur ces affiches présidentielles: il y a ce qu’on appelle les signifiants graphiques à savoir les couleurs et les textures, les signifiants iconiques qui renvoient aux formes, par exemple les personnages, le logotype et le textuel c’est-à-dire le slogan. A l’analyse, nous pouvons remarquer que dans l’ensemble, les affiches ne sont pas surchargées parce que le fond blanc est quasi présent partout et il  participe à une bonne visibilité». Pour le professeur de communication visuelle à l’Institut supérieur des sciences de la communication (Issic) dont il est le directeur des Etudes, «les personnages aussi sont présentés tantôt de face, tantôt de trois quart et le  plan utilisé est le plan buste. Sur ce plan là, il y a une égalité entre les candidats  dans la mesure où  sur toutes les affiches il y a ce qu’on appelle ‘’les critères  habituelles d’élaboration de l’affiche qui sont respectés’’».

Pour la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, sur les affiches,  «le candidat est toujours à droite. Ceci peut s’expliquer par le fait que l’œil humain est habitué à l’adaptation de la droite et parfois on serre l’image et c’est toujours le même personnage et on essaie maintenant d’aligner les messages à gauche: des slogans, ou de la décoration. C’est fait délibérément pour fixer l’image dans le subconscient de l’individu». Pour la coalition «Sonko Président», il relève qu’ici «on voit des affiches qui sortent un peu de l’ordinaire, avec un candidat pris en plongé, une posture que l’on ne voit pas assez souvent dans les affiches électorales». Néanmoins «cette différence peut jouer en faveur du candidat, dans la mesure où si on prend la définition du plongé, lorsqu’on est pris en plongé, on est mis en opposition de force». Cependant, il relativise: «ici, la position de priorité disparait tout simplement parce qu’il y a originalité. Et, encore une fois, ce qui est plus important dans une affiche,  c’est le fond blanc, parce qu’il aide à une plus grande lecture».  Décryptant les affiches du candidat de «Madické 2019», Daouda Diarra, retient celle où «Madické tend la main droite à l’horizontale». «Ce n’est pas mal parce que cela contribue à la force de proposition de l’image», note-t-il.

UNE AFFICHE… «UN TABLEAU D’ART»

En outre, il souligne, «au niveau des signifiants plastiques, la couleur avec le Pur» au «fond de l’affiche, le vert tréma…». Il admire le côté esthétique de ces affiches du candidat Issa Sall qu’il assimile «à un tableau d’art», avec ses dégradés. Pour ce qui est du candidat de la coalition «Idy 2019», M. Diarra  remarque qu’avec «Idy, c’est toujours le fond blanc qui revient», non sans se féliciter du fait que sur une affiche, on voit «Idy et ses alliés et c’est une bonne chose même  si on aurait pu avoir le nom de chaque allié en bas de la photo». L’autre aspect, ce sont  les candidats «qui  alternent la tenue occidentale et celle traditionnelle. Et cela c’est aussi un fait marquant qui est très important. On ne sort pas un peu de l’ordinaire et c’est pratiquement la même  dans les autres cieux, en Europe». Et à la question de savoir si ces affiches peuvent influer sur le choix des électeurs, Daouda Diarra répond par l’affirmative. «Je suis de l’avis de ceux qui pensent qu’effectivement, l’affiche peut influencer le vote des électeurs. L’affiche est un pot de vent qui est violent parce qu’elle ne fait pas de différence en terme de couches. Quand il y a une affiche, tout le monde est concerné  et la durée de lecture pour une affiche bien faite est de 5 secondes». Suffisant pour que le message soit  affiché au psychisme de l’individu. Et, maintenant, «en voyant l’affiche plusieurs fois, forcément on est plus ou moins concerné», dixit le professeur.

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