J’ai mal à une grande partie de la presse de mon pays !!!

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Hier, vendredi 26 janvier, à partir de 22h, Tout Est Là, le talk show de la 2stv, a traité d’une question importante : « Quelle solution à la crise casamançaise ? ». Mon éditorial « L’Etat doit faire la guerre en Casamance ! », paru dans yerimpost.com, ayant été choisi comme article de la semaine, j’ai eu l’honneur d’avoir été invité autour de ce plateau. De l’avis de beaucoup de professionnels, et au vu du large feedback que j’ai reçu du public, l’émission fut riche et de très haute facture.

Mamadou Sy Tounkara, qui l’a dirigée avec brio, a mis le débat en perspective, choisi de pertinents angles d’attaque, rappelé l’histoire depuis la colonisation pour établir que la Casamance n’a jamais cessé de faire partie du Sénégal depuis 1885…

Pape Djibril Fall, l’un des chroniqueurs du talk show, a soulevé une expérience enrichissante qu’il a vécue en Casamance et qui est fort illustrative de la liberté de circulation des personnes et des biens dans cette partie du pays.

Une militante, Bijou Goudiaby, responsable de l’Association des enfants des rebelles, a exposé son vécu dans le maquis, y compris avec des chefs de guerre comme Salif Sadio.

J’ai moi-même développé mon argumentation tendant à établir, sur la base de précédents (Angola, Liberia, Sierra Leone…), la nécessité de l’usage de la force pour neutraliser les bandes armées et mettre fin à la crise.

Bijou Ngoné m’a contredit, évoquant son appréhension relative notamment aux dommages collatéraux qu’engendrerait une guerre.

Des idées solides ont été développées. Si nous n’étions pas d’accord sur tout, ce qui est naturel, nous avons eu un débat sérieux, fondé sur des arguments qu’il était utile de présenter à l’opinion sur une question aussi stratégique que celle de la Casamance.

Ce matin du 27 janvier, j’ai été sidéré de voir que l’essentiel de la presse rendait compte du débat par une seule phrase où j’affirmais que « Salif Sadio trafique le bois et la drogue. » Avec des gros titres aussi énormes que ridicules : « Grosse révélation de Cheikh Yérim Seck », « Cheikh Yérim Seck lâche une bombe », « Forte charge de Cheikh Yérim Seck contre Salif Sadio »… A l’intention des auteurs mal informés de ces manchettes, cette phrase n’a rien d’une révélation. Au moins dix rapports de divers organismes spécialisés épinglent Salif Sadio pour ces faits et d’autres encore plus graves.

Si cette phrase vend bien du papier et suscite des clics, elle est totalement marginale dans l’émission. Mais, dans les compte-rendus, elle a occulté les nombreux enseignements du débat.

Je suis meurtri, effaré, catastrophé par cette façon de faire ce qui est tout sauf du journalisme. Comment peut-on escamoter de la sorte une question aussi importante sur laquelle les Sénégalais ont droit à une vraie information pour affiner leur opinion ? A-t-on le droit de maintenir nos compatriotes sous-informés sur l’essentiel et sur-abreuvés de banalités ?

Aspirant à être journaliste, je suis meurtri par la façon dont le métier d’Hubert Beuve-Méry et d’Albert Londres est exercé dans notre pays. Le sensationnel à tout-va, la recherche systématique du scandale, le buzz à tout prix ne sont pas du journalisme.

Le journalisme est un métier de prestige aujourd’hui exercé dans le monde par les meilleurs élèves des écoles de sciences politiques et des facultés de littérature, de langues ou de sociologie. Il exige un niveau intellectuel pour analyser, distinguer l’essentiel de l’accessoire, cerner les enjeux stratégiques…

Si rien n’est fait au Sénégal pour encadrer les conditions et les modalités d’exercice de cette profession, nul ne sait où va nous mener ce climat de guerre civile entretenu par une grande partie de la presse.

Cette presse nulle, partisane de la facilité, vénale, est passée maître dans l’art de jeter de l’huile sur le feu. Or, il n’y a rien de plus inflammable que le pétrole qui va couler au Sénégal à partir de 2021. Il est plus qu’urgent d’agir.

Cheikh Yérim Seck (yerimpost.com)

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