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Harry Roselmack : « Il ne fallait pas s’imaginer que mettre un Noir au 20 heures allait tout changer »

L’ex-présentateur du JT de TF1, toujours aux commandes du magazine « Sept à huit », évoque, son engagement contre le Front national, la diversité à la télé, la folie médiatique qui a entouré son arrivée sur la Une en 2006 et son premier film comme réalisateur…

Obs: En 2006, vous succédiez à Laurence Ferrari et à Thomas Hugues à la présentation de « Sept à huit ». Qu’avez-vous apporté à l’émission ?

Harry Roselmack.  La spécificité du magazine repose sur ses reportages et sa manière de raconter l’actualité. Cette façon d’entrer dans l’actu par le biais d’histoires et de personnages prime sur la figure du présentateur. « Sept à huit » existait avant moi, « Sept à huit » existera sans doute après moi. Je n’ai pas changé la nature de l’émission. J’y ai simplement apporté ma notoriété héritée de mon passage au 20 heures.

« Sept à huit » est-il le « “Paris Match” de la télé » , comme l’affirme Emmanuel Chain, producteur de l’émission ?

– Emmanuel Chain avait cette ambition quand il a imaginé le programme. Moi, je préfère ne pas me référer à un autre magazine. Sans doute avons-nous des points communs avec « Paris Match » : recherche d’exclusivités, traitement particulier de l’image… Mais nous avons aussi des différences. Nous sommes moins « choc » : nous nous positionnons davantage sur la recherche de l’intimité que sur des révélations fracassantes. Le portrait de Thierry Demaizière, tout en douceur et en respect absolu de son sujet, illustre parfaitement cette ligne.

Au lendemain des émeutes de banlieues en 2005, Jacques Chirac réunissait les patrons du PAF pour leur demander de faire un effort en faveur de la diversité. Douze ans plus tard, la situation a-t-elle évolué ?

– Oui, elle a évolué. Est-ce pour autant suffisant ? Objectivement, non. Pour comprendre pourquoi, il faut d’abord examiner le contexte : le secteur des médias est en plein bouleversement, les entreprises de télévision font des économies et les équipes ont tendance à se resserrer. Dans ce contexte-là, il est devenu plus difficile de recruter et, de facto, de recruter des personnes issues de la diversité visible.

Depuis quelques années, je vois arriver beaucoup de jeunes, notamment par le biais de la Fondation TF1, qui incarnent cette diversité.

Le dossier avance-t-il trop lentement ?

– Il était illusoire de penser que tout allait bouger d’un coup parce qu’on avait nommé un Noir à la tête du 20 heures de TF1 ! Ces changements sont lents, trop lents sans doute. Ils prennent du temps mais ils s’opèrent de façon régulière et continue. J’ai été assez frappé de voir que deux jeunes réalisatrices françaises d’origine africaine [Alice Diop et Maïmouna Doucouré, NDLR] ont reçu le prix du meilleur court-métrage lors de la dernière Cérémonie des César. Même dans le cinéma, une industrie particulièrement fermée, peut-être même plus que la télévision, les lignes bougent. La diversité commence à se manifester.

Votre arrivée comme « simple » joker de Patrick Poivre d’Arvor au JT de TF1, en 2006, a généré un volume hallucinant d’articles…

… C’était sans doute un peu délirant. Je pense ne pas être tombé dans cette folie. Inconsciemment, j’ai sans doute voulu éviter de me mettre trop de pression. Déjà, à l’époque, je considérais que cette couverture médiatique était disproportionnée. Que voulez-vous, c’est TF1 ! Parce qu’elle est la chaîne la plus regardée et la plus proche des Français, elle suscite toujours plus de commentaires que les autres.

Ce cirque médiatique n’a pas duré très longtemps. Quelques semaines à peine. C’est la grande force de la télévision : elle banalise à une vitesse incroyable des évolutions qui, au départ, paraissent disruptives, voire révolutionnaires.

Si un événement similaire venait à se produire aujourd’hui, serait-on dans le même « délire » ou diriez-vous que, tout de même, la société a changé ?

Il y a, depuis une dizaine d’années, un mouvement de raidissement identitaire. Les Français sont peut-être, aujourd’hui, encore plus rétifs à l’autre et à la différence. Ils ont besoin de se raccrocher à des racines identitaires. Celles-ci sont parfois réelles et profondes. Elles peuvent aussi être fantasmées et artificielles.

Quand je vois cette évolution-là, je ne suis pas sûr que le pays soit aujourd’hui plus prompt à accepter ce genre de décisions. Or il faut vraiment, et c’est l’un des enjeux politiques des semaines à venir, se mobiliser pour vaincre cette peur et ces doutes. Nous devons avancer ensemble et retrouver un idéal commun. Nous n’avons pas le choix.

Quelles sont vos solutions ?

– Il faut commencer par redéfinir les choses, et bien le faire. J’ai été frappé de voir à quel point le débat sur l’identité nationale, une excellente idée lancée par la présidence Sarkozy, avait si mal tourné. Pourquoi ? Parce que le débat a été très mal mené et que les termes ont été mal posés. Nous avons aujourd’hui besoin de nous redéfinir et de redéfinir la « nation ». Cette définition doit être ouverte et prendre en compte les différentes racines de ceux qui ont fait la France d’aujourd’hui. Trop de gens vivent actuellement dans un Hexagone fantasmé qui n’est pas celui de 2017.

Dans une tribune publiée sur le site du « Monde » en 2013, vous rappeliez que « la xénophobie et le racisme » constituaient « le ciment essentiel du Front national ». La perspective de voir Marine Le Pen accéder au second tour de l’élection présidentielle ne vous donne-t-elle pas envie de reprendre la plume ?

– Ce n’est pas ma vocation. Si je l’ai fait en 2013, c’est parce qu’il s’était passé un événement très grave : parce qu’elle est noire, une ministre de la République, Christiane Taubira, avait été traitée de « singe » dans un reportage diffusé sur France 2 [par une ex-candidate FN aux municipales, NDLR] . C’est une injure publique. Et, plus grave encore à mes yeux, il y a eu, dans les jours qui ont suivi la diffusion de ce sujet, une absence quasi totale de réaction. Ce silence m’étourdissait. J’ai donc réagi. Je me suis senti obligé de le faire. Mais je ne tiens pas à combattre le FN en le discréditant. Je ne veux pas être le pourfendeur de Marine Le Pen et consorts.

Vous avez cumulé jusqu’à trois émissions sur TF1 : le JT, « Sept à huit » et « En immersion ». Aujourd’hui, vous n’avez plus « que » « Sept à huit ». Vous ne vous ennuyez pas trop ?

– Pas du tout ! Je n’en ai pas le temps ! Depuis trois ans, j’ai aussi une activité de producteur [Harry Roselmack est à la tête de la société HTO Productions, NDLR]. J’ai la chance de produire des documentaires pour « Reportages » (TF1). J’ai aussi pu travailler avec la société de production Black Dynamite à un documentaire sur Teddy Riner tourné sur trois ans. Ce fut une vraie aventure. Aujourd’hui, je travaille à un long-métrage. C’est un premier film : j’écris, je réalise et je coproduis. Et j’ai adoré ça. Pour l’instant, il s’appelle « Fractures » et il est en cours de postproduction. L’actrice principale s’appelle Alexandra Naoum. La sortie est envisagée avant la fin 2017.

Source: teleobs.nouvelobs.com

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