dimanche , juillet 23 2017
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Parcours : Sadio Mané, de Bambali à Liverpool

Cité dans le top 5 continental aux côtés des Algériens Riyad Mahrez et Islam Slimani (Leicester City, Angleterre), de l’Egyptien Mohamed Salah (AS Rome, Italie) et du Gabonais Pierre-Emerick Aubameyang (Dortmund, Allemagne), Sadio Mané, l’attaquant sénégalais de Liverpool (élite anglaise), est parti de loin, très loin, pour devenir le joueur Africain le plus cher de l’histoire devant Essein et Drogba. Seneweb est parti chez lui, en Casamance. Bambali raconte son fils…

Les nuages, gorgés d’eau, avaient fini d’assombrir le ciel. Le vent marin, qui rafraichit le gros village de ses fraiches rafales, siffle sans relâche. Les enfants, insouciants qui jouent au ballon, courent dans un espace vague. Les chèvres, en divagation ne savent pas où donner de la tête. Un homme, boitillant, lunettes de soleil bien vissées sur le visage, se rapproche de la pirogue en provenance de Diattacounda. Il l’amarre. Après le débarquement, les passagers font la course pour pouvoir occuper les meilleures places dans les voitures garées à quelques mètres de la rive. Un homme, la quarantaine, habillé en blouson rouge et blanc de Liverpool, se rapproche de nous. Son nom : Malang Dioulaba Diatta. Il sera notre guide.

Nous sommes à Bambali Beroto, le village natal de Sadio Mané. Ce sont sur ces berges que le nouveau chouchou de l’équipe nationale a donné ses premiers coups de ballon.

Zoukeur un jour, zoukeur toujours !

En vérité, ses dribbles chaloupés trahissent ses talents de danseur. S’il n’était pas joueur, il aurait pu finir danseur de kizomba. Les pistes de danse de Bambéto n’ont plus de secret pour lui. Sadio Mané allait de village en village à la recherche du bon son, raconte son ami d’enfance, Boubacar Diémé Diatta, qui nous ouvre les portes de sa demeure familiale. A Bambali, quand on évoque le nom de Sadio Mané, c’est un sentiment de fierté qui se lit sur tous les visages. Bambali, village perdu dans le fin fond de Sédhiou, bombe le torse pour avoir bercé le joueur Africain le plus cher de l’histoire.

« Sadio est un bon danseur de Cabo (une danse en provenance de la Guinée très prisée par les jeunes Casamançais). On prenait le vélo de mon père pour aller en soirée dans les villages environnants. Néanmoins, il jouait bien au football. C’est un phénomène », narre son ami, un brin nostalgique. Ses souvenirs d’enfance sont racontés avec passion.

Sénior à l’âge de 15 ans

« A l’école, il jouait déjà au football. Il l’avait dans le sang, se souvient son ami. A la descente de l’école, au lieu de rentrer, il prenait son ballon pour aller jouer encore. A la maison encore, il se couchait sans même prendre de douche à cause du foot. Il disait qu’il n’y avait que le foot qui l’intéressait et quand il aura de l’argent il prendra le temps de prendre des douches». En vérité, Sadio n’allait à l’école que pour y apprendre le strict minimum : lire, écrire et parler un tout petit peu français.

Avec son ami Boubacar, Sadio Mané fait partie des rares à intégrer directement la catégorie Senior de l’équipe de Bambali. Il n’avait que 15 ans à l’époque.

Un des plus beaux souvenirs que le jeune joueur a laissé à son village reste, sans doute, la finale des phases départementales à Sédhiou gagnée en 2007 face à Tintinkong. « Un de ses meilleurs matchs. Le score s’est soldé par un but à zéro. Comme d’habitude, il a donné la passe décisive à l’attaquant de Bambali Beroto qui a marqué le but », se remémore son ami. En 2008, Sadio Mané joue son dernier match à Bambali face à Marsassoum, avant d’intégrer Génération Foot dans le département de Rufisque en 2009.

Appelez-le Ronadinho

Malang Dioulaba Diatta se rappelle, lui aussi, des beaux jours du jeune Sadio Mané, qu’il a encadré dans le championnat populaire. « On l’appelait Ronaldinho, tellement il aimait jouer comme lui. La preuve, il pouvait dribbler l’adversaire qui est à deux mètres de lui avec un simple geste, sans toucher le ballon. Il peut dribbler cinq personnes avec ses contorsions et mouvements. Sadio est un phénomène hors du commun. Pour faire plaisir aux supporters, il aimait amener le ballon vers eux, effaçant ses adversaires. Ce qui surexcitait la foule. En faisant cela, il était content. Il adorait le spectacle. Même les supporters adverses étaient séduits par son jeu  », nous confie le formateur.

Voleur de pommes de cajou

Sadio Mané c’est aussi la vie d’un «boy» normal. Comme les jeunes de son âge, il passe son temps libre à trainer entre potes et à chaparder des pommes de cajou. « Pendant l’hivernage, on allait dérober des pommes de cajou ou des arachides dans les champs des autres », raconte Boubacar Diémé Diatta. Malgré ses quelques errements, son objectif était de conquérir les stades internationaux.

« Petit, il m’avait dit qu’il allait jouer en France. Je lui répondais qu’on était en Afrique au fin fond du Sénégal. Mais, l’avenir lui a donné raison», confie son oncle.

«Je ne le croyais pas, mais il croyait en lui. Même dans les matches de navétanes, il me le répétait. Et un jour, il m’a appelé pour m’annoncer qu’il a signé à Metz. Cette nuit-là, je n’ai pas fermé l’œil, tellement j’étais content », raconte son ami et complice, Boubacar.

Fils de footballeur

Sadio Mané est issu d’une famille polygame. Son Papa était aussi footballeur. En dépit de cela, la famille était réticente à l’idée de le laisser vivre sa passion. Mais, il savait s’y prendre pour se soustraire à l’interdiction des parents, raconte son oncle Salif Mané. Mais pour beaucoup, cette peur irrationnelle de ses parents serait liée au destin d’un fils de la localité, un nommé Malang «Dosé». Décédé à la fleur de l’âge, on raconte qu’il a fait les frais de la rivalité entre Bambali et Sédhiou.

Bienfaiteur de Bambali

Aujourd’hui, Sadio Mané connaît un succès fou mais, garde les pieds sur terre. Il est resté le même avec ses vieilles habitudes et ses amis. « Au retour de vacances, c’est lui même qui prépare le thé pour eux, avec qui il est en contact permanent. Et Babacar est resté son meilleur ami », explique son oncle.

Cette année (2016), il a amené ses deux parents et son oncle à la Mecque. A Bambali, il a reconstruit la mosquée de la commune. Il est aussi parrain de tournois et apporte des soutiens de toute nature à la commune. La rumeur dit qu’il travaille sur un important projet pour la commune. Un nouveau terrain ou un centre de foot ? On donne sa langue au chat.

Sadio avant Mané

La vie de Sadio Mané n’a pas toujours été un conte de fée. Une ascension fulgurante après des débuts difficiles à Bambali puis à Rufisque, il s’envole pour la première fois à Metz.  Ligue 1 française. 2012, ses premiers succès. Pour sa première en France, il joue 19 matches, 12 en tant que titulaire, et marque un but en solitaire lors d’une défaite ( 2 – 5 ) contre Guimgamp au stade Saint-Symphorien. Malheureusement, le club est relégué en national.

Sadio Mané signe avec le club autrichien Red Bull Salzbourg pour 4 millions d’euros. Il devient troisième plus gros transfert dans l’histoire du Fc Metz. Pour ses premiers matches, il réalise un triplé pour le club autrichien en troisième tour de la Coupe d’Autriche contre Kalsdort.

2014, l’année de la consécration. Sadio Mané rejoint la Premier League anglaise. Il signe à Southampton un contrat de 15 millions d’euros, environ 10,5 milliards FCFA pour quatre ans. Son triplé en 2 minutes 56 secondes contre Aston Villa émerveille le monde. Il entre ainsi dans l’histoire du football. La légende commence à s’écrire pour le fils de Bambali. Aujourd’hui, il fait les beaux jours de Liverpool.

Né le 10 avril 1992 à Bambali Beroto, ancien chef-lieu de communauté rurale devenu commune dans le département de Sédhiou, Sadio Mané fait déjà tomber les records. En 2015, il devient le joueur africain le plus cher. Montant du transfert : 40 millions d’euros, 28 milliards FCFA. A 24 ans, il bat le record de Diouf, 12 milliards.

Ses performances en League anglaise ont fini par séduire la Tanière, où il est la nouvelle star incontestable. Certes, il n’a pas le feeling de Diouf, la dégaine de Fadiga ou la beauté de Bèye, mais il met le feu aux stades.

Auteur: Chamsidine SANE (Seneweb News)

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