Haro de la presse contre Adama Paris

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Une volée de bois vert ou alors un savon qui va lui passer l’envie de traiter les journalistes de ‘’menteurs’’. Voilà ce qu’a reçu la styliste internationale Adama Paris qui vérifie à ses dépens que la presse sait être belliqueuse quand elle se sent offensée. Alors que le Syndicat des professionnels de l’information et de la communication du Sénégal (Synpics) annonce une citation directe en justice, beaucoup de commentaires courroucés de beaucoup de journaux préconisent que la presse boycotte désormais toute manifestation qu’initierait la styliste. La presse pouvait s’attendre à tout sauf qu’une tuile lui tombât et lancé par celle qu’elle a ‘’couverte’’ (relaté jusqu’à la futilité) les activités d’une styliste qui n’a pas eu la délicatesse de renvoyer l’ascenseur sous forme de courtoisie à l’égard de ceux et celles qui  ont contribué à lui donner un nom. Aujourd’hui, sans la presse, complaisante ou honnête dans ses compte-rendu et commentaires qu’est-ce qu’un artiste, homme politique… serait ?

Mais, la cible est certes confortable, mais elle a prêté le flanc, comme dit Hamadou Tidiane Sy, journaliste et directeur de l’Ecole de journalisme, de communication et des métiers de l’internet (Ejicom) de Dakar. Nombre de journalistes, dans leur rapport avec ceux qui auraient dû n’être que des sources comme les autres, n’ont pas su ‘’garder la distance’’  (le terme est aussi en usage dans le code de la route) ‘’meilleure garantie de neutralité’’. Et d’indépendance, devrions-nous ajouter. Il y a eu des journalistes qui ont cru être amis et amies de la Adama ; mais ils et elles auraient dû méditer sur ce nouvel adage wolof qui enseigne que ‘’surnaalist du mbokk’’  (le journaliste n’est jamais un ami).

‘’Si au moins la claque pouvait servir à réveiller toute la corporation’’, écrit M. Sy sur sa page Facebook. Parmi les réflexions audacieuses que j’ai lues (depuis que cette affaire d’insulte qui aurait pu rester banale a éclaté)  sont celles qui nous demandent de nous en prendre qu’à « nous-mêmes ». Parce que ‘’de complicités en connivences, et de servitude en platitudes, nous avons fini par prêter le flanc et souiller la noblesse de ce métier. Sans généraliser… ‘’. Et Aliou Goloko, postant un commentaire sur la même page d’avouer ‘’nous sommes en partie responsables de notre propre malheur. Un devoir de solidarité par moment s’impose sur certains combats de principes à mener mais bon dans la corporation certains ne voguent qu’au gré de leurs intérêts perso’’. Disons qu’il y a un peu de vrai dans cela. Alors, autant dire qu’à l’insulte, il nous faudra ajouter l’autoflagellation.

Ailleurs qu’au Sénégal, aux Etats-Unis, c’est le présidentiable républicain, Donald Trump qui est encore avec les journalistes plus virulent qu’Adama Paris.  ‘’La presse politique est composée des pires personnes que j’aie jamais rencontrées’’, estime M. Trump. En France, la perception des journalistes par l’opinion n’est pas du tout meilleure ; au point que le journalisme soit classé parmi les professions les plus impopulaires de l’Hexagone. Au Sénégal, le « ‘’waxu surnaalist la’’  (c’est un propos de journaliste) va dans le même sens.

Pour en revenir à l’outrage faite à la presse par Adama Paris, cette dernière, si tant est qu’elle considère les journalistes comme des menteurs, ne doit plus du tout solliciter une couverture par la presse de ses manifestations. D’ailleurs, les journalistes ont décidé de la boycotter. C’est une attitude légitime et compréhensible.

L’impair doit surtout servir de leçon à la presse : certes un journaliste n’est jamais un ami, il est rare de compter les amis sincères pour les journalistes. Nous avons l’habitude de dire que des individus comme les hommes politiques ne nouent jamais amitié avec un journaliste (en exceptant les raretés)  sans calcul. Dans ce cas, c’est au journaliste d’être circonspect et précautionneux dans cette fréquentation. En principe, la proximité avec des personnes sur lesquelles le journaliste est susceptible d’écrire risque de mener au conflit d’intérêt (politique, financier etc.) Les regards suspicieux se tournent toujours vers les journalistes ‘’politiques’’, mais les ‘’économiques’’, les ‘’culturels’’  peuvent entretenir des connivences qui abolissent la fameuse ‘’distance critique’’.

Et on mesure, d’ici, les effets dévastateurs pour les journalistes et leur corporation…

Par Jean Meïssa Diop

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