Si les droits de télévision privent des Africains de la Can a la télé…

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Les téléspectateurs africains férus de football risquent de ne pas regarder les phases finales de la Coupe d’Afrique des Nations prévue en 2017 au Gabon. La cause ? L’augmentation prohibitive des droits de retransmission télévisuelle par le détenteur de ces droits, le groupe français Lagardère. Et c’est là la grande incongruité créée par une entité étrangère qui acquiert les droits de télévision d’une compétition africaine et veut priver de la légitimité de suivre un événement sportif dont leurs compatriotes africains sont les créateurs et qui se déroule ici même, en Afrique.

Il faudra aux chaînes de radio et de télévision africaines payer près de 900 millions de francs CFA (chiffre non encore officiel). C’est pour faire face à cette étrangeté que l’Union africaine de radiodiffusion (Uar, née sur les cendres de l’Union des radios et télévisions nationales d’Afrique, Urtna) a tenu les 17 et 18 mai à Dakar des journées d’études et, à la fin de la rencontre, clamé le refus catégorique de négocier, de manière individuelle, avec Lagardère et, à l’avenir, avec  tout détenteur des droits de télévision d’une manifestation sur le continent africain. Et le chef de l’Etat du Sénégal, Macky Sall, a adressé un message de soutien à l’Uar ; et la question devrait être désormais prise en charge par l’Union africaine.

Ce paradoxe n’est pas une nouveauté ; il est une réédition du même chantage exercé sur la chaîne de sport qatarie, BeIn Sports, qui fut, en 2015, détentrice exclusive, pour l’Afrique du Nord (une des quatre régions africaines de détermination des droits de télévision) des droits de télévision de la Can de cette année-là. Et les téléspectateurs algériens en firent les frais, le groupe qatarie réclamant plus de 1 million de dollars à l’Etablissement national de télévision (Entv, audiovisuel national d’Algérie). Les négociations échouèrent avec les conséquences que l’on devine pour les téléspectateurs algériens dont pourtant l’équipe nationale de football était en lice à cette compétition panafricaine.

Détentrice exclusive (pour l’Afrique du Nord)  des droits de télévision de la Can 2015, BeIn Sports n’était pas prête à brader les droits de retransmission des éliminatoires de la Can 2015 aux télévisions locales des pays africains. Et les télévisions algériennes en firent les frais. Aujourd’hui, les télévisions africaines commencent à s’inquiéter et se demandent si elles pourront regarder l’événement sportif africain sans payer.

 

En fait, l’Algérie ne fut pas un cas isolé : les publics de la Tunisie, d’Egypte et de la Guinée ratèrent au moins deux matches joués par leurs pays respectifs. Le Maroc avait pu échapper à cette même catastrophe grâce à un astucieux compromis entre la Société nationale de radio-télévision (Sant) et BeIn Sports ; cette dernière offrant à la première les droits de télévision pour les rencontres à domicile en contrepartie du signal et de la production d’images par la télévision marocaine. Astucieuse parade ! Salvatrice alternative !

Mais, jusqu’ici, on ne s’est pas posé trop de questions (pourtant essentielles)  sur l’attitude de la Confédération africaine de football (Caf), propriétaire exclusif de ces droits de télévision et commerciaux qu’elle concède à des firmes étrangères au continent et qui ne savent pas que la privation aux téléspectateurs africains de la possibilité de regarder un match disputé par leur équipe nationale peut générer des troubles dans un pays. Il s’agit de ‘’la logique commerciale’’  dont a parlé le Professeur Abdoulaye Sakho, spécialiste du sport et de la régulation et enseignant à la faculté de Sciences juridiques et politiques de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar lors de son passage à l’émission ‘’Le Point’’  de la RTS 1. Cette logique qui l’emporte sur une ‘’logique de service public’’  est un risque social terrible. En effet, ‘’il est intolérable  qu’un pays se qualifie pour la Can et que son peuple ne puisse pas suivre les prestations de son équipe nationale en Coupe d’Afrique des nations’’, a estimé le Pr Sakho.

L’argument de la Caf exposé sur son site internet est que son initiative s’inscrit dans un ‘’souci permanent de promouvoir la solidarité entre ses membres’’.  ‘’La Caf avait conduit une opération de centralisation des droits Tv des éliminatoires de la Coupe du monde 2014 (Zone Afrique) où chaque membre avait volontairement adhéré à l’opération (…)’’, poursuit la déclaration de l’instance dirigeante du foot africain et détentrice exclusive des droits de télévision des matchs organisés sous son égide. ‘’Cette centralisation a permis à 50 associations membres (sur 54) de bénéficier de revenus supérieurs à ceux qu’ils auraient obtenus si chaque membre avait séparément vendu ses droits Tv’’.

Satisfaites de la conduite de cette opération pour l’édition 2014, les associations membres de la CAF ont émis le souhait de la voir reconduite pour les éliminatoires de la Coupe du Monde 2018, se félicite la Caf. Une volonté affirmée à l’unanimité à Sao Paulo en juin 2014 durant l’Assemblée Générale de la CAF et réaffirmée lors de l’Assemblée générale d’avril 2015 au Caire. Ainsi, chaque association membre a été informée régulièrement et depuis deux ans des implications du renouvellement de cette opération et de la conduite des négociations, dans le seul but de soutenir financièrement la vaste majorité des  associations membres de la CAF.

La Fédération sénégalaise de football devrait avoir une explication à donner, puisque faisant partie des associations qui ont permis que des téléspectateurs africains risquent d’être privés de regarder les prestations de leurs équipes nationales respectives en Coupe d’Afrique des Nations.

Ce qu’il faudrait préciser dans cette affaire est que l’Afrique et l’Asie sont un enjeu dans la fixation des tarifs de ces droits de télévision qui tiennent compte de la démographie, c’est-à-dire de potentiels téléspectateurs ; de la démographie et d’autres critères techniques dont la capacité à protéger le signal contre le piratage ; critères économiques, notamment le Pib et sa capacité à supporter les frais d’acquisition des droits pour sa radio-télévision nationale.

Jean Meissa Diop

Post-scriptum : les attaques contre l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye se multiplient après que ce dernier a créé un parti d’opposition. Des attaques souvent en dessous de la ceinture et, pour celles émanant de journalistes, en  violation du droit de la presse qui interdit la relation de procès sur des affaires matrimoniales. Ainsi, publier des informations d’un vieux procès fait à M. Mbaye par son ex-épouse nous semble contrevenir aux dispositions pertinentes de la loi.

 

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