‘’Interview’’ originale, mais fausse

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Le défunt roi du reggae, Bob Marley, aurait ‘’accordé’’ (sic) au portail dakarois Seneweb.com une interview publiée le 11 mai 2016.  Cette exclusivité-fiction est survenue  au trente-cinquième anniversaire de la mort, le 11 mai 1981, du charismatique chanteur de reggae toujours adulé à travers le monde, notamment en Afrique et en sa Jamaïque natale où il repose pour l’éternité. Ce n’est vraiment pas ‘’l’interview-fiction’’ qui pose un gros problème, c’est plutôt la revendication d’exclusivité accordée par un défunt qui installe le lecteur dans un malaise, surtout les journalistes qui savent qu’une interview est un entretien entre un journaliste et un interlocuteur qui se prête volontiers aux questions et donc accepte d’y répondre. On ne peut pas dire que Bob Marley, décédé il y a trente-cinq ans, a accepté d’être interrogé par un journaliste de Seneweb.com créé une trentaine d’années après sa disparition.

Pourtant, tout ce qu’il fallait dire de ce montage astucieux et créatif l’a été dans le chapeau de présentation et de contextualisation. ‘’Le monde post-Marley a certes beaucoup évolué, mais il reste cruel avec ses guerres, ses injustices, ses incertitudes, ses monstres et… ses promesses. Et pour s’en rendre compte, Seneweb.com a imaginé un entretien fictif avec le « prophète » du reggae. Qui répondrait à nos questions en musique, par des extraits de certains de ses innombrables tubes’’, lit-on dans le chapeau.

Inédite, cette interview-fiction l’est ; elle est aussi originale. L’entretien fictif publié par le portail internet consiste en une formulation de questions dont les réponses sont puisées dans des paroles de diverses chansons de Bob Marley. Une construction bien inspirée mais qui, à travers les réseaux sociaux, a fait jaser les uns, irrité les autres. Il y en a même qui a raillé en disant que ‘’Seneweb a peut-être un correspondant en enfer’’. A Dieu ne plaise que Bob Marley ait été damné.

Il faut prendre beaucoup de précautions dans ce type de montage, et surtout dans sa dénomination qui n’entre dans aucune des catégories de genres rédactionnels conventionnels des journalistes. Il a l’apparence de l’interview, il y a le montage (qui est aussi un genre qui nécessite beaucoup d’attention pour éviter les incohérences et le plagiat)… Précaution, disons-nous, parce qu’un bidonnage est vite arrivé. Comme ce fut le cas de la retentissante fausse interview que l’ancienne star, le demi-dieu du journal télévisé français Patrick Poivre d’Arvor alias Ppda, prétendit avoir réalisée avec le chef de l’Etat cubain, Fidel Castro.

Le prétendu entretien, diffusé sur la chaîne française Tf1, ne fut qu’un montage des réponses que le Leader Maximo avait faites à d’autres journalistes lors d’une conférence de presse qu’avait couverte Ppda. Le trucage fut fort astucieux et le résultat fut présenté comme une ‘’exclusivité’’ par le faussaire et plagiaire qui s’est même approprié le mérite des questions posées par des confrères et des réponses qu’elles ont suscitées. La supercherie a été découverte un mois plus tard ; et on découvrit que le présentateur du Jt de Tf1 a certes assisté à une conférence de presse de Castro et ‘’s’est fait filmer seul posant des questions et reprenant celles d’autres journalistes’’.

Poivre d’Arvor y a beaucoup perdu en aura et son exploit cubain restera pour l’éternité un modèle de la ‘’fausse interview’’.

Jean Meïssa DIOP

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