Au Sénégal, les prisonniers vendent leur art sur Internet

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Dans une galerie discrète non loin de la prison pour femmes du quartier de Liberté 6 à Dakar, un jeune homme fluet au sourire avenant vient prendre place sur un siège posé sur quatre cornes de bœuf. Autour de lui, les bijoux, chemises en wax, les tableaux colorés et même le siège sur lequel il vient de s’asseoir ont tous un point commun : Ils ont tous été conçus par des détenus des prisons sénégalaises. Le jeune homme, Moctar Cissé, 27 ans, est l’un des premiers admirateurs de ces artistes un peu particuliers. Ainsi a-t-il créé Yeswesell.org, une plateforme en ligne de revente des produits réalisés par les prisonniers.

C’est sur des fonds propres qu’il a lancé YesWeSell au début 2016 avec l’équivalent de 1 000 euros. « Mon père était directeur de prison, et dès l’âge de 15 ans j’ai commencé à côtoyer des prisonniers. Ces contacts ont changé l’image que j’avais du détenu », explique Moctar Cissé avec enthousiasme. Quelques mois après le lancement de sa plateforme, le jeune homme peut déjà compter sur l’appui de l’étoile montante sénégalaise, le chanteur Faada Freddy et son groupe Daara J Family, désignés ambassadeurs du projet.

Déjà 3 000 visites et huit commandes

Yeswesell revendique 3 000 visites et huit commandes, depuis le Sénégal, mais aussi la France, la Belgique et le Royaume-Uni. Une des peintures, titrée « Baobab », devrait bientôt être acheminée vers la Grande-Bretagne. Les objets à vendre, très variés, vont de 10 à 210 euros. 10 % des ventes vont à la gestion du site, et le reste revient directement au créateur. Le bénéfice total s’élève pour l’instant à 75 000 francs CFA (environ 115 euros).

Moctar Cissé a « voulu faire quelque chose pour améliorer [les] conditions de vie » des prisonniers, largement décriées par les organisations de défense des droits de l’homme. Le Sénégal compte trente-sept prisons qui accueillent 8 630 personnes pour une limite de 7 360 places disponibles, selon le centre de recherche britannique International Centre for Prison Studies. Cela fait du pays le troisième plus grand geôlier d’Afrique de l’Ouest. Et les conditions de détention sont déplorables. Des photos ayant fuité des cellules montrent des hommes dormant les uns sur les autres. L’International Centre for Prison Studies évoque également des hommes qui attendent parfois plusieurs années derrière les barreaux leur procès.

Moctar Cissé espère donc changer la donne en valorisant leur « potentiel de création, pour redorer le blason du prisonnier », quelles que soient les raisons de sa détention. Pour l’heure, le site n’assure que la vente des produits. Mais Moctar Cissé envisage à terme de créer un espace d’expression et de débats pour les détenus.

www.lemonde.fr

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