L’agence Associated Press accusée d’avoir coopéré avec le régime nazi

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Une historienne allemande révèle comment l’agence de presse américaine Associated Press avait accepté dans les années 1930 de publier des informations approuvées par le régime nazi en échange de l’autorisation de pouvoir travailler en Allemagne. Une accusation réfutée par l’agence.

La nouvelle pourrait ternir la réputation de l’agence de presse américaine Associated Press (AP). Dans un essai publié sur le site Zeithistorische Forschungen, l’historienne allemande Harriet Scharnberg a démontré qu’une série d’articles publiés par l’AP étaient directement inspirés de la doctrine nazie, comme le rapporte ce jeudi le quotidien britannique The Guardian.

Alors que les médias internationaux ont été forcés de fermer leurs bureaux en Allemagne au milieu des années 1930, les Etats-Unis sont restés les seuls à opérer sous le IIIe Reich, avant leur entrée en guerre en 1941. Une dérogation rendue possible par la soumission des Etats-Unis à la loi sur la presse de 1934 (la Schriftleitergesetz).

En plus d’interdire la publication de tout texte “destiné à affaiblir la force du Reich à l’étranger et à domicile”, cette loi rendait également obligatoire pour l’AP d’embaucher des journalistes officiant dans la section propagande du parti nazi. C’était notamment le cas de Franz Roth, membre des SS qui avait remplacé un reporter juif exilé aux Etats-Unis en 1935.

Collaboration ou “intense pression du régime nazi” ?

La proximité entre l’AP et le régime nazi est particulièrement visible lors de l’invasion de la ville de Lviv (Ukraine) par les nazis en juin 1941. Après avoir découvert les tueries commises par le régime soviétique, les forces allemandes ont en effet organisé des pogroms contre la communauté juive de la ville. Mais Franz Roth a pris soin de ne photographier que les tueries menées par les soviétiques. Des clichés sélectionnés par Hitler lui-même avant leur distribution à l’agence de presse AP, affirme l’historienne.

“Au lieu de publier des photos des pogroms de Lviv, qui ont duré plusieurs jours et fait des milliers de victimes juives, la presse américaine n’a eu accès qu’aux photos des victimes de la police soviétique et des criminels de guerre de l’Armée rouge, a expliqué Harriet Scharnberg au Guardian. Dans cette mesure, il est exact de dire que ces photos ont contribué à masquer la vraie nature de la guerre menée par les Allemands.D’après la chercheuse, l’AP a également vendu des photos ayant servi d’illustrations à des publications antisémites nazies.

Toutes ces accusations ont été récusées par un porte-parole de l’agence, contacté par The Guardian. Assurant qu’il ne s’agissait pas de collaboration mais d'”intense pression du régime nazi”, celui-ci a affirmé avoir “résisté à ces pressions tout en faisant de son mieux pour proposer une information exacte, importante et objective pour le monde à une période sombre et dangereuse”.

L’Express

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