MUSIQUE A CHAUD, CRÉATION ÉPIDERMIQUE: CES CHANSONS «OPPORTUNISTES»…

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Elles sont rapides comme un clic, parfois très inspirées ou dans l’air du temps, portées par un facile refrain que l’on emballe facilement. Appelons-les des chansons «opportunistes», qu’un artiste plus ou moins «spontané» arracherait, sans perdre le nord, à l’actualité pour ne pas dire à l’Histoire. En pleine campagne avant l’heure, pour le oui ou pour le non du 20 mars, autrement dit entre le «Nagnou Woté Oui» du chanteur Red Black, et le «Senegal Bagn na» du collectif Y’en a marre, retour sur quelques pépites électorales, et pas que…
A vif, à chaud, instantané, épidermique pour ne pas dire à fleur de peau, le nouveau single du collectif Y’en a marre, usiné par l’Histoire dirait-on pour paraître plus ou moins solennel, fabriqué par le temps ou par les «récents événements», selon la formule consacrée, n’est ni plus ni moins qu’une de ces chansons «opportunistes» qui ne nourrissent d’une certaine actualité. «Senegal bagn na»  dit la chanson dont on apprenait la sortie fin février, autrement dit «le Sénégal refuse» ou n’en veut pas de ce «wakh wakhet» ou de cette volte-face du président de la République Macky Sall, qui revenait sur sa décision, sur fond de promesse électorale, de réduire de 7 à 5 ans son mandat en cours.
La chanson de Y’en a marre commence d’ailleurs de cette façon-là, par le serment, sur un extrait sonore relativement court : «J’ai décidé de ramener à 5 ans le mandat de 7 ans pour lequel je suis élu», dit la voix du chef de l’Etat, sur un fond musical assez grave pour rajouter à l’intensité dramatique de la scène, avec l’air de dire que l’histoire retiendra… Déclaration brute, pas traficotée, sans commentaire, avec l’air de lui opposer ses propres mots, en plus d’un certain dégoût d’une certaine politique nauséabonde, qui traiterait «comme de la volaille» le peuple citoyen.
Si l’expression «wakh wakhet» fait désormais partie d’un jargon politique populaire et presque banal, plus ou moins théorisée par Abdoulaye Wade, entre deux éclats de rire, avec l’air d’assumer qu’il se présenterait bel et bien à un troisième mandat en 2012, et peu importe la contestation populaire, on se souviendra aussi de la chanson éponyme, signée Didier Awadi, qui a dû prendre plaisir à détourner, artistiquement, ironiquement, la formule de Wade. Dans une chanson épurée, où l’on entend surtout un vieux monsieur à la voix chevrotante, qui monologue ou qui déraille…jusqu’au ridicule.
CONFUSION ENTRE LE SUCRE ET LA LESSIVE EN POUDRE
A la même période, le rappeur Niagass s’exprimait à sa façon sur un morceau intitulé «Gorgui», qui n’est sans doute que l’un des nombreux surnoms d’Abdoulaye Wade, avec l’air d’en avoir après l’âge du candidat Wade, 86 ans lors de la présidentielle de 2012. En intro, l’histoire d’un vieux grand-père qui confond le sucre et la lessive en poudre, qui a du mal distinguer un bonbon d’un morceau de savon, et qui voudrait pourtant qu’on lui confie la maison…ou le Palais de la République.
En 2007, pour son second mandat, Wade a pourtant eu le soutien d’un duo d’artistes, et pas des moindres, qui n’hésitera pas à dompter les cordes de sa guitare, pour les beaux yeux de «Gorgui». «Doyalouniou» chantaient alors Pape et Cheikh, autrement dit «on en redemande», bien loin du très rythmé, très critique aussi, «Na dem» de Red Black, qui voulait à tout prix que Wade s’en aille.
Aujourd’hui, l’artiste a tout simplement décidé de battre campagne pour que le «oui» l’emporte au soir du 20 mars, date retenue pour le référendum. Dévoilé ce jeudi 3 mars, en pleine conférence de la coalition «Benno Bok Yaakar», disent certains médias, son single «Na gnou woté oui» (votons oui, pour faire court) a le mérite d’être clair…Même si on est un peu perdu quand on nous dit que le même Red Black aurait déclaré, dans un entretien qui remonte à 2014, que Macky Sall n’était ni plus ni moins qu’ «un espoir brisé, une trahison». Mais disons qu’il a entre-temps changé d’avis, et les mauvaises langues préfèreront peut-être parler de « wakh wakhet ».
Sinon, plus légèrement, pour compléter cette liste non exhaustive des quelques chansons opportunistes de ces dernières années, il y a celle de Simon, en collaboration avec le comédien Abdoulaye Ndiaye, qui s’emparait récemment, à vif, à chaud là encore de «Sacs yi», une histoire de sacs, allusion à la polémique autour du fameux sac de Wally Seck, qui s’était comme qui dirait retrouvé au cœur d’un débat national passionné.
Théodora SY SAMBOU (Sudquotidien)

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