Le fait-diversier à l’épreuve de la mauvaise foi

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Si un procès-verbal d’enquête de police ou de gendarmerie n’est plus une source sûre pour un journaliste que deviendra le fait-divers rapporté par des journalistes spécialisés dans ce domaine et bien prisé par bien des spectateurs ? Y a-t-il une source plus fiable que la ‘’main-courante’’, c’est-à-dire ce registre dans lequel sont consignés les enquêtes menées sur des affaires par les gendarmes et les policiers ; et les plaintes de citoyens contre d’autres et, éventuellement, les réponses de ces derniers ?

C’est à ce registre que s’abreuvent bien des faits-diversiers qui finissent par être liés à ces policiers par une sorte de partenariat tacite aux termes duquel le journaliste, en narrant des ‘’coups de filet’’ réussis par gendarmes et policiers, assure en quelque sorte la communication sur les exploits de tel chef de brigade de gendarmerie et ceux de tel autre commissaire de police et section de recherche d’un commissariat de police,, l’héroïsme de sapeurs-pompiers venus circonscrire tel danger etc. ! C’est comme cela, et chacun y trouve son compte : journalistes, limiers pompiers… Ces faits-diversiers ne sont pas forcément témoins des faits qu’ils narrent avec force détails et avec des citations de déclarations d’une exactitude incontestable.

Certains sont si habiles dans la narration qu’on les croit avoir été témoins des faits rapportés. Et c’est cette habilité, cette expertise et ce bon carnet d’adresses parmi les forces de sécurité qui font le succès des faits-diversiers dont certains deviennent des experts en matière de sécurité et même de renseignement. Dans certaines rédactions, des faits-diversiers sont raillés par des sobriquets du genre ‘’Dsp’’ (Directeur de la sécurité publique), ‘’Commissaire’’, ‘’Inspecteur’’ (en pensant à ‘’Inspecteur Diokhané’’, ancien fait-diversier, aussi truculent qu’original, de la radio Sud Fm et dont semblent s’être inspirés les ‘’Xalaas’’ de Rfm et ‘’Teuss’’ de Zik Fm).

Ainsi, par-delà son aspect judiciaire, le procès en diffamation fait par Seydina Alioune Seck, footballeur professionnel en Italie et fils du crooner Thione Seck mêlé à une scandaleuse affaire de faux-monnayage, aux journaux L’Observateur et Grand-Place, pose un grave problème de la fiabilité du Pv de gendarmerie. Ce procès donc, d’un Seydina Alioune Seck recherché par le procureur pour une affaire de faux-monnayage, pose un problème de fiabilité de la police et de la gendarmerie en tant que sources du fait-diversier. Il est rarement arrivé que cette fiabilité soit prise en défaut ; pourquoi le serait-elle pour le jeune Seck ? Les rares fois où des concernés ont contesté des informations tirées d’une main-courante ont été des cas de mauvaise foi.

Mais voilà que la plainte de Seydina Seck contre les journaux L’Observateur et Grand-Place s’est retournée contre le plaignant, le représentant du parquet ayant confirmé en plein prétoire l’existence d’un mandat d’arrêt datant du 28 septembre 2015 et l’ouverture d’une information judiciaire contre Seydina Alioune Seck ; et en a tenu copie au président de la Cour. Et pourtant, le gus s’est lancé, lui aussi, dans une contestation de la véracité de cette poursuite et a même déclaré, par téléphone, au portail Seneweb.com, ‘’être là’’, comprenez au nez et à la barbe du procureur.

C’est là aussi la question dans la contestation par les avocats de Thione Seck, compromis dans un scandale de ‘’contrefaçon de signes monétaires en cours légal au Sénégal et dans un pays étranger’’. Alors, si le preux et irréprochable fils de son père est ‘’là’’ et ‘’au-dessus de toute mise en cause’’ qu’il se présente là où il faut pour se faire blanchir. Dans cette affaire Thione Seck, la stratégie et le bagout de la défense auront été tels que l’enquête de gendarmerie (pourtant bien menée) risque le discrédit et la mise en liberté du mis en cause n’est pas loin d’une remise en liberté définitive ainsi que les exemples sont foison dans ce Sénégal. Et cela est injuste, démoralisant pour la maréchaussée… L’astuce d’un avocat contre le serment de la gendarmerie qui prête serment pour pouvoir mener ses enquêtes et dont les Pv, paraît-il, commencent toujours par ‘’Nous gendarmes, revêtus de notre uniforme… ‘’

La publication par le journal Le Quotidien de l’intégralité du procès-verbal de la gendarmerie a été le point d’appui des avocats de Thione Seck contre cette enquête rondement menée aux yeux du profane qu’est votre serviteur. Qu’on dise aux citoyens pourquoi l’évocation par la presse de telle affaire nuirait la validité de l’enquête et de la constance des faits.

Par Jean Meïssa Diop (enqueteplus)

Post-Scriptum : Le journaliste Mouth Bane, invité au plateau de la chaîne de télévision Walf Tv, a fait des ‘’affirmations’’ qui lui ont valu une convocation à la Division des investigations criminelles.  Des affirmations que ses défenseurs appellent des commentaires et ‘’les commentaires sont libres’’, arguent-ils. Mais les faits sont sacrés. Le commentaire est certes libre, mais il ne s’en suit pas que les faits qui en sont l’objet soient inexacts. On ne peut pas exciper de la liberté de ce genre rédactionnel pour prétendre commenter des faits non-avérés. Wala book ?

 

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