Rémy Ngono a la tête dure

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Portrait d’un journaliste camerounais exilé en France. Pour ce professionnel des médias camerounais, ne pas renoncer à son métier était une évidence. La Maison des journalistes (MDJ), à Paris, l’a soutenu dans cette obstination de tous les instants. Après avoir traversé des temps difficiles, J. Rémy Ngono a trouvé sa place dans la presse française. Son portrait est le second d’une série que vous propose Afrik.com cette semaine.

Pour avoir un entretien avec J. Rémy Ngono, il doit d’abord éteindre ses trois téléphones portables. Désormais à l’aise financièrement, l’homme de 40 ans se plaît à évoquer sa belle voiture, son appartement confortable à Paris et ses négociations salariales. Aujourd’hui, le journaliste camerounais n’a pas de fins de mois difficiles, mais cela n’a pas toujours été le cas.

J. Rémy Ngono vit en France depuis cinq ans. Avant d’y venir, cet amoureux des proverbes possédait une émission satirique de grande écoute sur la radio télévision Siantou (Rts), première station privée du Cameroun. Lors de celles-ci, il avait pris l’habitude d’égratigner les ministres et le président de la République, Paul Biya. Si les auditeurs apprécient sa verve, les autorités, elles, l’aiment beaucoup moins ! En 2003, il est condamné à six mois de prison pour appel à la rébellion, commentaires tendancieux et outrage au chef de l’Etat. A sa sortie du “Kosovo”, l’un des quartiers les plus dangereux de la prison centrale de Yaoundé, capitale du Cameroun, une décision de justice lui interdit d’exercer son métier. Par la suite, il dit s’être fait approcher par des personnes proches du pouvoir qui font pression sur lui pour qu’il change sa ligne éditoriale. Il s’y refuse et doit alors quitter le pays. Lorsqu’on lui demande s’il souhaite rentrer chez lui, sa réponse est sans équivoque : « on peut arracher un homme d’un pays, mais pas le pays du cœur d’un homme. » Toutefois, malgré son attachement au Cameroun, c’est aujourd’hui loin de la nation des Lions Indomptables que Rémy Ngono poursuit sa carrière.

L’ANPE lui trouve une place de vigile

Lorsqu’il débarque en France, il n’a pas d’attache. Après six mois de présence sur le territoire, il dépose sa demande pour obtenir le statut de réfugié. Son titre de séjour en poche, il est pris en charge par la Maison Des Journalistes (MDJ), structure d’accueil et d’entraide pour les journalistes du monde entier. Pour l’instant, la demeure parisienne est la seule au monde à fournir un tel coup de pouce à ceux qui ont dû fuir leurs pays [1]. En plus de les héberger durant six mois, l’association les aide professionnellement.

Pourtant, avec une pointe d’orgueil, Rémy Ngono refuse d’envoyer CV sur CV. « Les autres résidents m’avaient confié leurs déboires professionnels. Je savais déjà que la majorité abandonnait le métier par dépit », se justifie t-il. Il s’inscrit quand même à l’ANPE (aujourd’hui Pôle emploi), au cas où… L’agence l’appelle pour lui proposer du travail dans la restauration ou en temps qu’agent de sécurité. « Cela m’a choqué, se souvient-il, même à France Terre d’Asile, on m’incitait à prendre un métier “alimentaire !” » Pourtant, il a déjà une expérience des médias français : en 2000, il a réalisé plusieurs éditoriaux à RFI depuis Yaoundé. Mais Rémy Ngono refuse d’abandonner. « Si je ne me suis pas découragé au Cameroun, ce n’est pas en France que j’allais baisser les bras », affirme t-il.

Le virage i-télé

En mai 2006, lors de la journée mondiale de la liberté de la presse, une rencontre est organisée par Philippe Spinau, co-fondateur de la structure, entre des journalistes de la Maison et ceux de la chaîne d’information i-télé. Rémy Ngono se rappelle : « C’est mon originalité qui a fait la différence. Ils m’ont alors réinvité à plusieurs reprises. » Lorsque nous l’interrogeons sur son accent très prononcé, il se défend de l’exagérer. « Je n’en joue pas du tout, j’ai toujours parlé comme ça. » En tout cas, son style plait. Et il a pu continuer de le peaufiner à la MDJ. « L’écriture c’est comme un muscle, il ne faut jamais cesser de l’utiliser », affirme l’ancien collaborateur de L’oeil de l’exilé – journal en ligne réalisé par quelques résidents journalistes. En compagnie de ses camarades les plus motivés, il continuera d’entraîner sa plume. Après son départ de la MDJ, le journaliste n’a pas coupé les ponts. « Je passe souvent voir Philippe (Spinau, le directeur de la structure), car je lui suis très reconnaissant de m’avoir aidé », confie Rémy Ngono.

Depuis cette période passée à la MDJ, il a su surmonter ses lacunes. « Au début, il ne connaissait rien en football », se souvient Samuel Yandja, un ancien locataire de la maison. « Je me rappelle même qu’une fois il m’a demandé des précisions sur le foot togolais parce que lors d’une émission, on lui avait posé des questions à ce sujet. Par la suite, il s’est documenté et a acheté plein de bouquins sur ce sport », explique Samuel. Pour Rémy Ngono, réussir est une obligation, pas une option. Après l’expérience i-télévision, il ne refuse pas les nombreuses sollicitations, notamment lors de la Coupe du Monde de 2006, même si elles concernent essentiellement le sport.

De son propre aveux, Rémy Ngono n’a jamais envisagé changer de branche. Depuis qu’une perche lui a été tendue, il n’a plus les ondes des médias français. Il travaille aujourd’hui pour RFI, RTL, ainsi que pour Direct 8 et la récente chaîne francilienne Cap 24. Une belle réussite pour celui qui a toujours refusé de tourner le dos à sa profession.

[1] Cadiz et Berlin souhaitent en construire une également

Source: www.afrik.com

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