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Assises de la presse francophone de Lomé : Aminata Touré dénonce les stéréotypes sexistes

C’est l’ancien Premier ministre du Sénégal, Mme Aminata Touré, envoyée spéciale du chef de l’Etat, qui a animé la conférence inaugurale des 44èmes assises de l’Upf qui prennent fin ce matin sous la présidence du chef de l’Etat togolais. Mme Aminata Touré a demandé que les journalistes soient davantage formés sur l’égalité du genre.
Mme Aminata Touré s’est réjouie d’entretenir d’un sujet qui l’intéresse à plusieurs titres. La militante des droits humains a mesuré l’impact extraordinaire que les médias exercent sur l’image, la place et le rôle des femmes dans les sociétés humaines. Elle a ajouté qu’elle s’intéresse également à la place des femmes journalistes de plus en plus nombreuses dans les médias en se demandant comment elles vivent les stéréotypes de genre dans l’exercice de leur fonction.
« Ce serait une platitude du genre « l’eau est mouillée » que d’évoquer ici le pouvoir et la puissance d’influence des médias notamment à l’ère de la presse en ligne. Dans bien des circonstances, notamment dans les contextes d’affaiblissement ou de désacralisation des institutions, on n’est pas loin de penser qu’il faudrait certainement requalifier le classement des pouvoirs », a dit Mme Touré.
Selon elle, la communauté internationale représentée par l’Onu, les militantes et Ong des droits des femmes ont très tôt mesuré le rôle important que pouvaient jouer les médias dans lutte contre les discriminations et stéréotypes à l’encontre des femmes. L’ancien Premier ministre du Sénégal a rappelé qu’à l’issue de la 4ème conférence mondiale sur les Femmes tenue en 1995, 189 Etats de l’Onu ont adopté la Déclaration et la Plateforme d’Action de Beijing qui couvre 12 domaines critiques de préoccupation pour faire avancer l’égalité entre hommes et femmes. L’un des 12 domaines critiques est le partenariat stratégique avec les médias pour lutter contre les stéréotypes et préjugés sexistes et discriminatoires, a-t-elle martelé.
Pour ce qui concerne l’image des femmes dans les médias, Aminata Touré a annoncé que le rapport d’évaluation des 20 années de la mise œuvre de la Plateforme de Beijing, présenté en mars 2015 à l’Ag de l’Onu, indique, sans ambages, que « l’image des femmes et des filles dans l’ensemble des médias (à la télévision, dans les films, les publicités, les vidéoclips et en ligne) n’a connu qu’un progrès limité ».
Le rapport, selon elle, a relevé que la proportion de femmes évoquées dans les médias journalistiques demeure très inférieure à celle des hommes. Chiffres à l’appui, elle a expliqué que les femmes ne représentent que 24% des personnes interrogées ou mentionnées dans la presse écrite et les journaux radiophoniques ou télévisés et 23% des personnes interrogées ou mentionnées en ligne. Quant aux programmes de divertissement, elle a indiqué qu’une étude menée dans 11 pays a montré que seulement 23 % des films comptaient des protagonistes féminins et seulement 8 % d’entre eux étaient réalisés par des femmes.
Les Etats, selon Mme Touré, dans leur large majorité, ont déploré, lors du débat à l’Assemblée générale de l’Onu, la persistance de représentations dégradantes, discriminatoires et hyper-sexualisées des femmes et des filles dans les médias, également représentées comme des objets, avec une tendance à la multiplication des images misogynes et violentes, notamment dans les médias sociaux.
La facilité d’accès à ces images grâce à Internet et aux téléphones portables a des conséquences sur les plans social et émotionnel, notamment chez les jeunes dont la personnalité est en construction, a soutenu Mme Touré.
Pour Aminata Touré, il faut tout d’abord, pour les journalistes, de la formation et de la sensibilisation massive sur les questions d’égalité de genre aussi bien dans le cadre de leur formation initiale que du renforcement périodique de leurs capacités techniques. L’Upf, selon elle, a une belle carte à jouer en collaboration avec ses branches et correspondants nationaux.

Doublement du pourcentage de femmes
En plus de la formation, a-t-elle expliqué, il faut renforcer les cadres juridiques et réglementaires contre les images dégradantes, misogynes et violentes à l’encontre des femmes et des filles. D’après Mme Touré, il y a une opportunité à saisir avec les codes de la presse en discussions dans de nombreux pays africains.
A propos des subventions aux médias, Mme Touré a demandé d’intégrer dans les critères d’éligibilité la part accordée aux reportages sur les questions de genre. Aussi, a-t-elle reconnu que la représentation professionnelle des femmes au niveau des médias s’est améliorée au cours de la dernière décennie bien que la parité soit encore loin d’être atteinte, surtout au niveau des postes à responsabilité.
Au cours des 16 dernières années, a-t-elle révélé, le pourcentage de femmes dans les médias a plus que doublé. Aminata Touré a également invité les patrons de presse à améliorer leurs politiques internes et leurs pratiques en matière de recrutement des femmes journalistes. A son avis, il faudrait des mesures d’incitation, comme l’octroi de distinctions officielles aux médias particulièrement soucieuses de la problématique hommes-femmes, des concours et des prix aux journalistes devraient être institués qui encourageraient à promouvoir l’égalité de genre. Quant aux pouvoirs publics, elle leur a demandé davantage à appuyer la création d’entreprises par les femmes.
Enfin, elle a conclu en soulignant combien il est important de bâtir un partenariat stratégique avec les média écrits, télévisés, radiophoniques, en ligne et sociaux qui sont des vecteurs essentiels pour la participation pleine et effective des femmes et des filles à la vie civique, politique, économique, sociale et culturelle. Un débat très riche a suivi cette communication de Mme Touré.

Correspondance d’El. H. Abdoulaye THIAM, à Lomé

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